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Un printemps ottoman: La révolution jeune-turque de 1908

Un printemps ottoman: La révolution jeune-turque de 1908
Les Belles Lettres322 pages
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Avis de Adam Craponne : "Les idéaux et les dérives de la première révolution dans un pays musulman"

L’empire ottoman était un empire multinational et multilingue contrôlant une grande partie territoires musulmans de l’Algérie à l’Euphrate et du Yémen à la Hongrie au moment de son apogée au début du XVIIe siècle. Il a donc la particularité d’être sur trois continents au moins jusqu’en 1912, mais en se faisant progressivement dépouiller un à un de certains espaces. En proie aux appétits de diverses puissances et à diverses crises internes, il voit le tsar Nicolas Ier le surnommer « l'homme malade de l'Europe ». Le sultan Abdülhamid II avait accédé au trône le 31 août 1876, il avait fait promulguer une première constitution, mais l’avait suspendue deux ans plus tard. Comme la Chine, l’empire ottoman est dans un système semi-colonial, bénéficiant formellement d’une indépendance politique (contrairement aux colonies), mais qui est dominé économiquement par un ou plusieurs pays impérialistes et voit une partie de ses ressources étatiques détourné au profit de puissances étrangères.

Jusqu’en 1912, la Turquie garde divers territoires en Europe ; cet espace couvre ce qui est aujourd’hui l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine du nord, le nord de la Grèce, le sud de la Bulgarie et la partie européenne actuelle de la Turquie d’Europe. Une partie de cet espace avait connu en 1903 l'insurrection d'Ilinden où certaines populations slaves avaient réclamé une autonomie pour la Macédoine dans l’Empire turc. Les pays voisins de ce territoire entendaient bien se le partager ultérieurement, aussi la présence militaire turque était-elle conséquente là en 1909.

Cette année-là ce sont les officiers de IIIe armée de Macédoine qui sont les moteurs de cette insurrection. Le pouvoir revient au Comité Union et Progrès. Cet ouvrage raconte une révolution portée par l’armée, mais soutenue au départ par toutes les classes sociales et les composantes religieuses (musulmans, chrétiens et juifs). À une monarchie gouvernée par un autocrate, succède une monarchie parlementaire et un mouvement d’appropriation de nouvelles libertés. Des mouvements d’émancipation de la femme et des manifestations d’ouvriers se produisent. Cette révolution se fait sans réelle violence dans un premier temps.

Les historiens discutent pour caractériser cette révolution, aujourd’hui largement oubliée du fait de l’épopée kémaliste. Est-elle militaro-bureaucratique, bourgeoise, populaire, libérle, conservatrice ? Il est d’ailleurs à noter que comme la Révolution française ou plus près de nous la Révolution du jasmin en Tunisie, la révolution jeune-turque se clôt de manière autoritaire en ayant dévoyé une bonne part des objectifs du départ. On a d’ailleurs du mal à fixer la date de sa fin. Est-ce avec l’insurrection du 13 avril 1909 qualifiée de contre-révolution, avec le coup d’état de 1913, l’entrée en guerre du pays fin 1914, l’effondrement de l’Empire en 1918 ? François Georgeon choisit de se centrer sur la période allant de juillet 1908 à août 1909. Ceci ne doit pas faire oublier qu’en dix ans se seront succédés : la dictature des Jeunes Turcs, le génocide des Arméniens, les défaites dans la Première Guerre mondiale et l’effondrement de l’Empire ottoman ?

Une des dimensions devenue récurrente est l’influence qu’ont des faits touchant la communauté arménienne sur le cours d’événements en lien avec les actions des jeunes-turcs. Dans les années 1890, ils prennent conscience de l’activisme des mouvements arméniens (Dachnak, Arménakan, Hintchak), cela se traduisant ultérieurement par exemple le 21 juillet 1905, par l’explosion d’une machine infernale destinée à tuer le sultan.

En 1895 des jeunes-turcs collent sur des murs d’Istanbul des affiches dénonçant notamment la mauvaise administration et le despotisme de la Sublime Porte. D’autre part dans les premières années de la Belle Époque se côtoient à Paris militants arméniens, agitateurs grecs intellectuels arabes et activistes jeune-turcs à Paris, ce qui donne lieu à d’enrichissants échanges entre eux en particulier sur les valeurs de la République française comme la laïcité. D’ailleurs en 1902, dans la capitale française, se tient en 1902 le Congrès des Ottomans libéraux où tous se rencontrent.

Les Arméniens, comme les autres communautés (juive comprise) reçoivent très favorablement la Révolution de 1905. Toutefois les Kurdes harcèlent les Arméniens encore en 1909 et en avril dans la ville d’Adana en Cilicie des musulmans de diverses origines ethniques mettent le feu au quartier arménien de la cité. Les massacres, avec parfois la complicité de soldats pourtant envoyés pour maintenir l’ordre, se pour suivent et pour cette province on atteint 20 000 victimes.

La volonté d’unité de la nation a débouché sur une volonté d’invisibilité des minorités. Cela nourrit ainsi le nationalisme arabe. Face à la tentative d’insurrection d’avril 1909, la loi martiale est proclamée, elle sert à réprimer toutes les oppositions. Les élections de 1912 sont truquées,le Parlement ne sera plus réuni à partir de mai 1913 et un triumvirat a pris le pouvoir en janvier de la même année. Ce sont ces trois hommes qui font passer la loi de déportation en 1915, sans avis du parlement. C’est ce texte qui sert de base au génocide (avant l’heure) des Arméniens.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

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