Ecrire un avis

Les guerres de Bourgogne et la Suisse 1474-1477 Un basculement européen

Les guerres de Bourgogne et la Suisse 1474-1477 Un basculement européen
Livreo Alphil 178 pages
1 critique de lecteur

Avis de François S.F. : "De la guerre à la façon des Suisses"

L'auteur, Loïc Chollet, docteur en histoire médiévale, chargé de cours à l'université de Fribourg et conservateur adjoint au musée de Saint-Imier, annonce ainsi son propos : "Alors que l'année 2026 est marquée par la commémoration des batailles de Grandson et de Morat, cette page d'histoire longtemps mythifiée mérite d'être relue à l'aune des connaissances historiques actuelles" (Introduction, page 12). Le contenu de l'ouvrage prouve que ce pari a été amplement tenu.

Le premier chapitre dresse la carte des puissances à l'oeuvre dans le secteur géographique où va se jouer le conflit qui nous intéresse : un royaume de France qui sort renforcé de la guerre dite de Cent Ans au cours de laquelle il s'est opposé principalement à deux rois d'Angleterre, Édouard III et Henry V de Lancastre ; un duché de Bourgogne tenu par une succession de quatre grands princes issus de la dynastie régnante en France, les Valois, ce qui n'empêche pas les ducs bourguignons de rivaliser avec cette dernière et d'avoir le plus grand mal à unifier leurs États épars de la Mer du Nord à la chaîne du Jura en un tout homogène, ce qui va obliger le dernier d'entre eux, Charles, surnommé le Téméraire, à entreprendre plusieurs expéditions militaires, et notamment en Suisse en 1476 et en Lorraine en 1477 ; un comté de Savoie moins entreprenant que son voisin bourguignon et devenu un duché en 1416 avant qu'Amédée IX ne laisse plus tard son épouse Yolande, fille de Charles VII et sœur de Louis XI, gouverner dans son État ; enfin, dernier mais pas le moindre des acteurs de cette histoire, les cantons Suisses au sein desquels on sent se dessiner l'influence et la puissance montante de Berne, même si chacune des grandes villes marchandes et si chaque canton veulent préserver leur autonomie et leurs avantages.

Ces cantons offrent à présent le visage d'une Confédération faite de l'alliance des villes commerçantes du plateau et des Waldstätten, mais elle forme moins une entité unique qu'un réseau d'ententes entremêlées. Ses composantes principales, outre Berne, sont l'évêché et la ville de Bâle, mais aussi l'union constituée entre Uri, Schwyz et Unterwald, sans oublier Lucerne. Au XIVe siècle, Zürich fait encore bande à part et montre plus d'intérêt pour ses liens tissés avec Constance et la ville libre de Schaffhouse. Quant au comté de Neuchâtel, il tient énormément à son indépendance, même s'il a, par esprit pragmatique, scellé une alliance tactique avec Berne.

La Confédération se dessine et s'affirme peu à peu, en se libérant du pouvoir finalement mal assis des dynasties féodales et en infligeant de sérieux revers militaires aux Habsbourg lors des batailles de Morgarten (1315), de Sempach (1386) et de Näfels (1388). Une diète règle les différends qui surviennent entre membres de la Confédération - laquelle est aussi dénommée Ancienne et Grande Ligue de Haute-Allemagne, pendant que les habitants se reconnaissent lentement comme des Suisses, sans que jamais le moindre canton renonce cependant à sa souveraineté.

Le deuxième chapitre aborde la question de la formation militaire pratiquée en Suisse où l'implantation seigneuriale n'a pas eu autant de prise que presque partout ailleurs en Europe et où les communautés de voisinage ont appris très tôt à s'organiser pour tenir tête à ceux qui cherchaient à leur imposer le modèle féodal. Sur une population de 230.000 individus, on pouvait assez rapidement lever jusqu'à 20 ou 25.000 hommes en armes - dont 10.000 combattants de métier. Des milices cantonales et urbaines et des corps francs se sont constitués pour affronter avec longues piques (pouvant mesurer jusqu'à 5,50 m de long), hallebardes (jusqu'à 2m), épées, arcs et arbalètes les contingents en armures rassemblés dans le but d'infliger une leçon à ces groupes de montagnards et d'artisans sur lesquels ils croyaient avoir rapidement le dessus, car ils ne s'attendaient pas à ce que ces "rustres" eussent fait un véritable apprentissage des techniques de combat et acquis l'art de se battre comme des professionnels de la guerre.

Ajoutons que si les opérations avaient lieu en plaine, les combattants suisses pouvaient se présenter en redoutables formations carrées qui, à la différence des simples groupes de fantassins, pouvaient se projeter en action offensive. D'où les victoires remportées sur les Habsbourg au XIVe siècle et celles gagnées contre celui que l'on appelait le "Grand Duc d'Occident" à Grandson et à Morat en 1476 et devant Nancy pour venir en aide au duc René II en 1477. Une belle leçon d'Histoire sur des événements qui firent basculer l'Europe dans l'après-Moyen-Âge.

Les rois de France Charles VII et Louis XI apprirent rapidement à qui ils avaient affaire. D'abord tentés de faire front avec les Habsbourg contre les Suisses, disons entre 1430 et 1444, à la faveur d'une opération qui devait libérer le royaume des lys de la présence de compagnies d'Écorcheurs qui vivaient sur le pays lors des trêves entre Français et Anglais, nos souverains se ravisèrent et modifièrent leurs alliances, se rapprochant de ces guerriers suisses qui savaient remporter des victoires sur les armées les mieux organisées et se servirent finalement d'eux, Louis XI, devenu roi, voyant là une opportunité pour venir à bout de son grand adversaire, Charles le Téméraire qu'après le combat indécis de Montlhéry il redoutait d'affronter en bataille rangée. Ce sont donc finalement les Suisses qui, ayant eux-mêmes à se défendre contre le duc de Bourgogne sur leur propre sol, permirent à la France de terrasser cet ennemi sans qu'elle eût à livrer elle-même le combat.

Dans l'entre-deux, Berne eut à éteindre ses démêlés avec les villes qui, comme Fribourg, épousaient encore la cause des Habsbourg. Puis quand le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le Bon s'étaient réconciliés par le traité d'Arras, deux partis s'étaient formés à Berne : Nicolas de Diesbach penchant du côté français et Adrien de Bubenberg plutôt du côté bourguignon. En fait, ce qui avait rapproché Valois de France et Valois de Bourgogne devait permettre de se débarrasser de la présence anglaise à Paris et à Rouen.

Mais assez vite, la discorde céda à nouveau la place à la concorde entre royaume de France et duché de Bourgogne, non seulement quand le Dauphin Louis brouillé avec son père Charles VII réclama l'hospitalité du duc de Bourgogne et surtout quand Louis XI succéda à Charles VII et quand Charles le Téméraire prit la relève de son père Philippe le Bon. Après bien des difficultés avec la France, le nouveau duc de Bourgogne n'eut plus qu'une idée en tête : réduire toutes les solutions de continuité qui existaient entre les différentes parties de ses États assez éloignés les uns des autres, et c'est alors que le Téméraire se heurta aux Alsaciens, aux Lorrains et aux Suisses qui allaient finir par s'unir contre lui. Ici commence vraiment le récit des hostilités déclenchées en raison des projets d'extension de la domination bourguignonne. Nous laisserons aux lecteurs le plaisir de découvrir par eux-mêmes comment Loïc Chollet a traité le sujet dans les chapitres suivants.

François Sarindar

coup de coeur !

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Note globale :

Par - 34 avis déposés - lecteur régulier

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Voir notre sélection de livres sur Les grandes batailles médiévales .

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Du même auteur :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :