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La Septième Croisade et le vrai Louis IX 1248-1254

La Septième Croisade et le vrai Louis IX 1248-1254
L'Harmattan 190 pages
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Avis de François S.F. : "Une vraie réévaluation"

Celui que l'on s'évertue à appeler Saint Louis, notre roi Louis IX, et que son petit-fils, Philippe IV dit le Bel s'est efforcé d'entourer d'une aura de sainteté qu'il n'a eu de cesse de réclamer d'une Papauté avec laquelle il était en conflit ouvert - ce fut le cas avec Boniface VIII et l'on sait comment cela se termina -, fut finalement porté sur les autels, ce qui devait valoir à la dynastie capétienne un surcroît de prestige. Mais méritait-il autant d'honneur que celui qu'on lui a accordé ? Gaëlle Audéon, qui nous gratifie de ce nouveau regard porté sur un roi par trop sacralisé, ne va pas aussi loin dans son argumentaire, mais elle a renforcé en moi la conviction qui s'est forgée après la lecture des principales biographies de ce roi, des plus anciennes aux plus récentes, et parmi celles-ci, on doit bien sûr citer celle écrite par Jacques Le Goff et qui est un peu trop "hagiographique", celle de Jean Richard qui fut par ailleurs un spécialiste de l'histoire des Croisades et celle de Gérard Sivéry qui a élargi son analyse jusqu'à s'intéresser à l'époque même de Louis IX : et, pour moi, je dois le dire, c'est que ce roi ne m'apparaît pas aussi important que l'on a bien voulu le dire. Le livre de Gaëlle Audéon me conforte dans l'idée que l'on a fabriqué le mythe d'un grand roi et d'un grand règne qui ne le furent pas autant qu'on le croit. Cette historienne a un grand mérite : celui de nous aider à ressaisir les sources, de les croiser et de les lire autrement qu'on ne l'a fait, sans rien déformer, récupérer ou tordre à des fins démonstratives, mais en prêtant plus attention, tout simplement à ce qui est écrit et qui est parlant. Il est intéressant de voir une femme, essayiste médiéviste, se pencher sur le destin de cet homme et de nous le donner à voir non comme l'on se l'imaginerait, mais tel qu'il fut et tel qu'il se comporta dans la réalité. Et il faut bien dire que le personnage ne sort pas grandi de l'affaire. Il apparaît en effet qu'il n'a pas formé avec son épouse, Marguerite de Provence, le couple idyllique et idéal qui nous est souvent présenté. Tout au contraire, à scruter les textes de près et à les rapprocher sans les faire parler au-delà de ce qu'ils racontent, se dégage le portrait d'un homme couronné qui ne fut absolument pas exemplaire dans son comportement à l'égard de la reine à qui il infligea onze grossesses et qu'il exposa à nombre de dangers sans trop se soucier de ce qui pouvait advenir, qui décida arbitrairement du sort qu'il entendait réserver à trois des enfants dont la reine accoucha pendant la septième Croisade, c'est-à-dire à une vie dans les ordres religieux monastiques, vocations qu'ils n'avaient pas et dont ils arrivèrent à se libérer et qui mena l'expédition vers Damiette jusqu'au désastre de La Mansourah en dépit du bon sens et de la logique, avec Le Caire comme objectif choisi par Robert d'Artois, bien trop écouté par le roi, au lieu d'Alexandrie, port commercial sur la Méditerranée, et avec une obstination à s'occuper de tout dans l'organisation et la méthode qui devait le conduire au désastre, car cela en fut un d'être battu et fait prisonnier et d'avoir entraîné à sa suite entre 17 et 20.000 combattants dont un certain nombre devaient périr dans l'aventure. Par ailleurs, on peut considérer comme peu fraternelle la décision prise le 8 mai 1250 par Louis IX de laisser son frère Alphonse de Poitiers rester plus longtemps que lui dans les fers au sein d'une géôle mamelouke avant que le comte de Poitiers eût fini de payer sa rançon, ce qui allait installer un certain malaise bien compréhensible entre les deux frères. Ce ne fut pas davantage une décision de sagesse de la part du roi de rester aussi longtemps qu'il le fit en Égypte et après paiement de sa rançon, de se rendre en Terre Sainte, pour s'occuper du renforcement des fortifications des places qui restaient aux mains des Croisés à Saint-Jean-d'Acre, Césarée, Jaffa et Sidon - ce qui représentait un investissement financier considérable - au lieu de retourner dans son royaume veiller aux affaires intérieures de celui-ci à la place de sa mère, Blanche de Castille, à qui il avait confié la garde de son domaine. Sa procréatrice disparut d'ailleurs avant son retour de Croisade en septembre 1254 (la nouvelle du décès semble lui être parvenue alors qu'il séjournait à Jaffa en avril 1253), et Gaëlle Audéon nous livre plusieurs exemples qui montrent que le roi accordait bien plus de prix aux avis de sa mère qu'à ceux de son épouse, qui se montra d'ailleurs à la hauteur pendant la captivité du monarque, ce que ce dernier ne sut jamais reconnaître. Il fit au contraire en sorte de la considérer en permanence comme quantité négligeable et se montra en revanche très obéissant et intimidé devant une mère qui ne sut jamais lui apprendre à s'émanciper d'elle tant qu'elle vécut. Au total, c'est un roi de moins de valeur qu'on ne nous l'a montré qui se révèle dans ces pages où seuls les textes d'origine et les citations d'auteurs étayent le propos de l'autrice. Ne l'oublions pas : ce roi conduisit deux expéditions désastreuses, une en Égypte et une autre en Tunisie où il mourut en 1270, des entreprises qui sonnèrent le glas des Croisades telles qu'elles avaient été inaugurées en 1098-1099 et telles qu'elles ne pouvaient plus être, surtout que celles de Louis IX n'avaient pas choisi directement Jérusalem comme point de destination et qu'elles avaient conduit les pas des hommes qui entouraient le souverain dans d'autres directions, où ils avaient tout à perdre. Pour moi, définitivement, Louis IX n'est pas comparable à un Philippe II dit Auguste, son grand-père, qui a fait œuvre plus utile pour le royaume, comme devaient le faire plus tard Charles V le Sage et Charles VII le Victorieux, vainqueur de nos ennemis héréditaires de l'époque, les Plantagenêts et la dynastie des Lancastre. Louis IX eut bien quelques mérites cependant puisqu'il sut au moins stopper les Anglais à Saintes et à Taillebourg. Mais enfin, il est bon que Gaëlle Audéon nous ait offert ce travail de dépoussiérage et de réévaluation. Tous les biographes de Louis IX et tous les historiens médiévistes seront désormais appelés à en tenir compte.

François Sarindar, auteur de biographies de Charles V le Sage et de Jeanne d'Arc.

PS. - Il faut noter que Gaëlle Audéon nous propose une nouvelle édition à la bibliographie enrichie des travaux les plus récents sur le sujet, ce qui renforce d'ailleurs encore son propos.
coup de coeur !

Pour tous publics Peu d'illustrations Plan autre

Note globale :

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