Ecrire un avis

La Grande Mosquée de Paris: Regards sur 100 ans en 100 évènements

La Grande Mosquée de Paris: Regards sur 100 ans en 100 évènements
Le Cherche-midi176 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Certes, un messager pris parmi vous est venu à vous (extrait ciselé d’une sourate sur la grande porte d’entrée du patio de la Grande Mosquée de Paris)"

La sortie de cet ouvrage s’explique par le fait que la Grande Mosquée de Paris est un bâtiment qui fête son 100e  anniversaire en 2026. Notons d’ailleurs que l’ironie veut que ce soit d’une part le seul président de la République de confession protestante qui l’ait inauguré et d’autre part que son financement se fit par un contournement des lois de laïcité. L’ouvrage a été dirigé par l’actuel recteur de cet édifice religieux et il y a une dizaine de contributeurs. Il est également fait appel à un certain nombre de témoins.

Après une préface de Stéphane Bern vient une présentation globale de la Grande Mosquée de Paris par Chems-Eddine Hafiz. Suivent une description assez littéraire de la vie du bâtiment au cours d’une journée banale puis un lexique d’une vingtaine de termes portant pour l’essentiel sur les lieux particuliers de l’édifice et autour de personnes y intervenant. Deux double-pages permettent après de se familiariser avec la religion musulmane.

Un large panel de faits historique est mis en avant. On commence en beauté en prenant pour fait historique une réalité qui tient autant de la légende que du fake-news. Il y a en effet bien longtemps que les historiens ont tordu le cou à la construction dans les Ardennes à Buzancy d’une mosquée par un seigneur revenant des Croisades. Le simple fait d’aller chercher la page wikipédia du village en question l'information aurait évité cette bévue [voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Buzancy_(Ardennes)] et d'après le dessin qui en est fait, il semblerait, d'après moi, qu'il y ait eu une girouette en forme de lune en haut du toit. Il semblerait que certains contributeurs et relecteurs de cet ouvrage n’aient ni esprit critique ni esprit pratique. Jusqu'à présent aucune source sérieuse ne s'était autorisé à colporter une telle information, maintenant que la Grande Mosquée de Paris cautionne le fait, nous allons voir se multiplier les opinions (en particulier sur youtube) qui reprendront cette infox. J'ai d'ailleurs déjà trouvé deux vidéos sur youtube qui colportent cette idée, sans avoir eu besoin de lire l'ouvrage dont on parle.  

Puisque les premières informations sont destinées à prouver que la religion musulmane fut présente dans le royaume de France quasiment depuis les origines de celle-ci, un chouia de culture de l’univers médiéval méridional aurait permis par contre d’évoquer les sépultures musulmanes découvertes à Nîmes attestant d’une présence en Septimanie de résidents musulmans vers 720 [ se reporter à https://www.inrap.fr/premieres-sepultures-musulmanes-medievales-en-france-10825 ].

Quelques pages plus loin, l’historien John Tolan fait une très vague et bien brève allusion à cette présence de mahométans vers Narbonne. Il est évident qu'il aurait fallu évoquer là les vestiges archéologiques de la première mosquée de France (lire https://assurancemosquee.fr/premiere-mosquee-de-france/). Par ailleurs, il aurait été possible également d’aller faire un tour vers l’actuelle Garde-Freinet (dans le Var), en effet s’installent dans un large espace entre le IXe et le Xe siècle des sarrasins qui nomment Jabal al-Qilal (montagne des jarres).

Plus sérieusement, on parle ensuite d’une mosquée construite à Mayotte progressivement à partir de 1538, c’est le plus vieux lieu de culte musulman encore en activité à ce jour sur un sol français. On passe à 1492 et la fin du royaume de Grenade, le style d’architecture choisi pour la mosquée de Paris renvoyant à celui en usage en Al-Andalous. Le lecteur arrive à 1536, date de l’alliance entre le royaume de France et l’empire ottoman. Le traité conférant au dit royaume un rôle de protection des chrétiens vivant sous l’autorité de la Sublime Porte. John Tolan égraine une dizaine de dates qui évoque d’abord la perception de l’islam dans l’univers occidental pour aboutir à la conquête de l’Algérie et la gestion de l’islam qui est faite dans les trois départements (ne relevant pas de colonies) en faisant là l’impasse sur les lois de laïcité.

De nombreuses informations se succèdent chronologiquement et, toujours dans la quête de la mosquée perdue, il est heureusement démonté qu'un bâtiment encore existant aurait été une mosquée à Marseille pour les forçats musulmans. Toutefois le paragraphe se termine par l’existence d’une prétendue mosquée pour les Turcs esclaves du roi. Soyons clair d'un espace de prière ait pu être accordé à des bagnards musulmans à Marseile, on en a la preuve (voir là encore https://assurancemosquee.fr/premiere-mosquee-de-france/), mais de là à appeler cet espace une mosquée ne relève-t-il pas d'un abus de langage ?   

On s’attarde sur le  recrutement d’Algériens musulmans dans les armées françaises. Les informations sont d’ordre divers, on a par exemple une présentation du réformateur Sayyid Jamāl al-Dīn al-Afgani qui s'est efforcé de concilier les principes coraniques avec le monde moderne. Il est né en 1838 en Iran, dans une famille shiite, et meurt le 9 mars 1897 à Constantinople, précisions qu’on aurait aimé trouver. Ces dernières sont toutefois moins importantes, dans le contexte de ce livre, que celles données de sa présence à Paris lors de l’Exposition universelle de 1889, de sa controverse avec Ernest Renan (ce dernier affirmant que l'esprit scientifique et l'islam étaient incompatibles) et de son regard critique envers les actions des puissances coloniales.

On insiste sur les conséquences en matière de religion de la colonisation du Maroc. L’importance de l’apport des troupes musulmanes combattantes entre 1914 et 1918 est notamment illustrée par la présence d’un soldat auprès de tombes musulmanes situées au cimetière de Pantin. Une mosquée de taille réduite est inaugurée en 1916 dans le bois de Vincennes en présence notamment de Gaston Doumergue alors sénateur du Gard et ministre des colonies. En fait on aurait avoir lu que cette mosquée est finalement détruite en 1926 (l'année d'ouverture de la Grance Mosquée) car elle ne fut en fait qu'un objet de propagande en temps de guerre et ne fut quasiment jamais fréquenté par des fidèles. 

Après mention du rôle de Paul Bourdarie dans le mise en avant, dans sa revue L’Indigène, des principaux objectifs portés dans la construction d’une Grande Mosquée dans la capitale, de très nombreuses pages suivent autour de la construction, les caractéristiques et l’inauguration de celle-ci. Lyautey est présent pour ce jour exceptionnel, mais il  n’est plus depuis neuf mois Résident général au Maroc. C’est une des conséquences de la Guerre du Rif qu'évoque, entre autre chose, Pascal Blanchard.      

Signalons parmi les autres sujets suivants, la double-page autour de l’Exposition coloniale de 1931, année où d’ailleurs est créée l’Association des oulémas musulmans algériens qui refuse l’assimilation culturelle mais prône un islam réformiste. J’eusse aimé que soit ajouté que ces oulémas demandaient l’application de la loi de Séparation de l’Église et de l’État dans les départements d’Algérie. D’autre part est évoquée l’ouverture de l’hôpital franco-musulman de Bobigny suivi deux ans plus tard en sa proximité d’un cimetière musulman.

Sous l’Occupation, la Grande Mosquée notamment délivre des certificats d’appartenance à la communauté musulmane à certains juifs. Divers points traitent notamment de faits douloureux liés à la lutte pour une décolonisation et l’accroissement spectaculaire du nombre de musulmans dans l’hexagone du fait de l’immigration durant les Trente Glorieuses.

Pour le dernier quart du livre, on retiendra principalement la création de SOS racisme en 1984, l’inauguration de l’Institut du monde arabe en 1987 et sept ans plus tard l’ouverture de la Grande Mosquée de Lyon. Méritent également d’être signalés l’opposition de la France à la Seconde Guerre d’Irak, le succès du film Indigènes avec Djamel Debbouze. Cette production met en valeur l’apport des troupes nord-africaines dans la libération du sol métropolitain en 1944. On relève aussi quatre pages sur les jardins de la Grande Mosquée et trois sur les principales fêtes islamiques. L’ouvrage se clôt autour du dialogue interreligieux.   

Ce livre est très abondamment illustré, ce qui lui donne un fort caractère convivial. Il convient très bien au grand public, car il apporte des informations facilement assimilables à des personnes sans culture historique antérieure. Le discours tenu est bien plus large que la présentation d'informations autour de la Grande Mosquée comme on a pu le voir. Il est toutefois dommage qu'en voulant inscrire ici l'islam dans la mémoire de la culture française, on se soit autorisé, certes à la marge, à consolider une donnée relevant de l'infox qui ne va pas tarder à être reprise sur les réseaux sociaux, voire par des responsables religieux ou poitiques. 

    

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations

Ernest

Note globale :

Par - 364 avis déposés -

364 critiques
08/08/26
Monument unique en France, la mosquée Missiri entame sa restauration à Fréjus https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/var/frejus-et-saint-raphael/photos-monument-unique-en-france-la-mosquee-missiri-entame-sa-restauration-a-frejus-3254572.html
364 critiques
08/08/26
Renan / Al-Afghani: Le journal des débats1883
https://blogs.histoireglobale.com/wp-content/uploads/2011/10/Renan-al-Afghani.pdf
Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :