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Le pétrole dans la Seconde Guerre mondiale.

Le pétrole dans la Seconde Guerre mondiale.
Passés/Composés, Ministère des armées447 pages
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Avis de Octave : "On a de l'essence pour quatre mois, cela suffira pour anéantir l'URSS !"

Daniel Feldmann est docteur en histoire (EHESS) ; spécialiste de la Seconde Guerre mondiale on lui doit notamment Le maréchal Model. Le "pompier" de Hitler, Ils ont conduit les Alliés à la victoire. Patton, de Lattre et leurs pairs, Montgomery et La campagne du Rhin. Les Alliés entrent en Allemagne (janvier-mai 1945).

Dans l’introduction, il est rappelé que  Georges Clemenceau, président du Conseil de novembre 1917 à janvier 1920, juge « l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain ». D’ailleurs ajouterons-nous en décembre 1918, Georges Clemenceau est contraint de céder aux Anglais la région de Mossoul (aujourd’hui en Iraq), mais il obtient pour la France une participation de 25 % de l’exploitation des gisements que pourront fournir ses champs pétroliers. Plus tard en 1925 la Turquie victorieuse accepte d’abandonner sa revendication sur Mossoul contre la promesse d’une participation de 10 % aux bénéfices ultérieurs de la production pétrolière.

Daniel Feldmann poursuit quelques pages plus loin et présente le contenu de son ouvrage. « Une première partie aborde l’équilibre production/consommation à l’échelle globale. Le point de vue adopté est essentiellement celui des majors pétroliers dans le cadre du cartel mondial créé en 1928. (…) Puis est présentée la situation des pays pauvres en pétrole pour montrer comment chacun, face à une problématique similaire, tente d’atteindre une indépendance, ou au moins une sécurité d’apprivoisement, France et Royaume-Uni se prêtent à des comparaisons tandis qu’un développement particulier est dédié à l’Allemagne et à son programme d’essence synthétique.

Une seconde partie illustre par des cas concrets les luttes interétatiques autour du pétrole. Bien conscient de l’impossibilité de couvrir toutes les ramifications des questions pétrolières, je m’attache à certains points d’inflexion, dans un choix qui garde une part d’arbitraire. Les aspects diplomatiques et commerciaux sont ainsi illustrés par les questions autour des pétroles de Roumanie et par la décision américaine d’embargo sur le pétrole à destination du Japon. Je touche à des problématiques et commerciaux autour de la qualité des essences et des transferts de technologie par l’intermédiaire de la question de l’essence d’aviation à octane 100. Puis est abordée la stratégie militaire pour le pétrole en étudiant la campagne de 1942 de la guerre germano-soviétique, qui a pour objectif la saisie des puits caucasiens ».

Notre auteur évoquera la bataille d’El Alamein et les conséquences du manque de pétrole en France dans les années 1940.  « Revenant à l’échelle globale, un large développement est consacré à la dimension économique des stratégies militaires, en Atlantique dans le ciel de l’Allemagne, et dans le Pacifique. Dans chacun de ces exemples, la réalité du facteur pétrolier est interrogée sous le prisme de la perception qu’en ont les décideurs et les actions qui en découlent. Les conséquences de l’absence de pétrole sur les capacités militaires du Japon et de l’Allemagne font ensuite l’objet d’une analyse. Un dernier chapitre évoque les sorties de guerre et le pétrole, avec les évolutions fondamentales en Europe de l’Est comme au Moyen-Orient ». 

On apprécie en particulier la réflexion au sujet de la bataille d’El Alamein, fin octobre 1942. « (Elle) fait l’objet d’innombrables récits qui ne manquent jamais de souligner les difficultés logistiques de l’armée italo-allemande, notamment en matière de carburant, la correspondance entre la Panzerarmee Afrika et les autorités de Rome et de Berlin évoquant des semaines durant une crise du ravitaillement. (…) La bataille d’El Alamein, extrêmement violente, s’étend sur plus de dix jours et les Allemands ne battent en retraite que le 3 novembre. L’armée multinationale réunie par les Britanniques y déplore environ 13 500 pertes (morts, blessés, disparus). Comment des combats de haute intensité peuvent-ils durer si longtemps si, à croire Rommel, le carburant doit s’épuiser dès le 29 octobre, les chars italo-allemands étant alors réduits à l’état de cibles statiques, et que les déplacements d’unités pour colmater les brèches sont quasi impossibles ? D’autant que la défaite enfin admise, Rommel conduit l’évacuation la plus rapide possible de ses forces, abandonnant Tobrouk puis Benghazi, et ne rétablissant une ligne de défense qu’à hauteur d’El Agheila. Cette retraite de plus de 1 000 kilomètres voit défiler des milliers de véhicules –peut-être plus de 10 000 – roulant le long de l’interminable voie pavée longeant la côte libyenne. Mais comment cette évacuation peut-elle avoir lieu si, toujours à en croire Rommel, ses forces sont quasiment en panne sèche devant El Alamein ? (…) En ce qui concerne le fuel, l’analyse met en évidence combien la gestion des stocks et la planification sont négligées pendant les semaines de pause précédant El Alamein. On ne parle du fuel que pour se plaindre des livraisons, et non pour en tirer le maximum de ce qui est disponible. Puis, bien que l’attention du commandement allemand reste fixée sur le carburant, le choix opérationnel de Montgomery d’une bataille frontale et d’une destruction sur place des Allemands a la conséquence inattendue de rendre, pendant les dix jours d’intenses combats, le paramètre secondaire ».

On ajoutera qu’entre l’introduction et le premier chapitre est proposé en particulier un abrégé de chimie du pétrole et que l'ensemble de l'ouvrage est parcouru de croquis, tableaux et cartes de géographie historique.

 

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Octave

Note globale :

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