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RDA Culture, critique, crise : Nouveaux regards sur l’Allemagne de l’Est

RDA Culture, critique, crise : Nouveaux regards sur l’Allemagne de l’Est
Septentrion 283 pages
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Avis de Adam Craponne : "L’allemand sans peine et la RDA sans douleur"

En 2014 la bibliothèque universitaire de Saint-Denis proposait une exposition sur la RDA dans le but de « combattre l’idée qu’il n’y a pas eu, du temps de l’ancienne Allemagne de l’Est, d’autres réalisations picturales que celles répondant aux critères du "réalisme socialiste" et d’attirer l’attention sur le fonds RDA/Nouveaux Länder de la Bibliothèque universitaire de Paris 8 qui possède une documentation concernant les arts plastiques est-allemands sans égal en France ».

Du 9 mai au 31 août 2017, on peut voir à la Galerie de l’Institut Français Berlin une exposition intitulée DDRRDA qui présente dix-huit lieux au cœur de la ville de Francfort sur-Oder (située à la frontière polonaise) porteurs de l’univers culturel de cet état disparu en 1990. Berlin possède par ailleurs un DDR Museum.

L’ouvrage RDA Culture, critique, crise est composé d’une vingtaine de contributions regroupées en trois parties intitulées : Histoire des idées et littérature, Arts et médias, Politique et économie. On trouve successivement les textes suivants : La réception de Friedrich Nietzsche en RDA : histoire et enjeux de Jean-Michel Pouget, Famille désagrégée, inceste et parricide comme topoï et métaphores dans la littérature des jeunes auteurs marginalisés dans la RDA des années 1980 de Carola Hähnel-Mesnard, Die Pole der Erinnerung : La Saxe dans l'autobiographie de Heinz Czechowski d’Anne-Marie Pailhès, Le texte, la ville et l'homme en chantier dans Abtrünnig – Roman aus der nervösen Zeit de Reinhard Jirgl d’Anne Lemonnier-Lemieux, Machandel de Regina Scheer. D’un conte des frères Grimm à la période du Tournant d’Emmanuelle Aurenche-Beau, L’intégration des poètes de Berlin-Est au paysage littéraire de l’Allemagne réunifiée. Un bilan en deux étapes (1994/95-2009/10) de Sibylle Goepper, Décanonisation par les pairs. Destruction de mythes fondateurs de la RFA et de la RDA par W.G. Sebald et Hans Joachim Schädlich : les cas d’Alfred Andersch et de Bruno Apitz de Ralf Zschachlitz, « Le lapin, c’est moi » de Kurt Maetzig (1965) : analyse d’un film censuré de Christian Klein, La théorie des espaces de liberté dans les médias de RDA à l’exemple de Junge Welt, quotidien pour la jeunesse de Dominique Herbet, Formes et limites des relations entre la République populaire de Chine et la RDA au prisme du Neues Deutschland  (1949-1989) de Clémence Andreys & Myriam Renaudot, Réflexions linguistiques et stylistiques dans le domaine de la presse satirique : Eulenspiegel en RDA et dans l’Allemagne d’aujourd’hui par Sabine Bastian, Mémoires et représentations de la RDA dans le roman graphique et la bande dessinée allemande contemporaine par Hélène Camarade, Les collections d’art est-allemand à Berlin et dans le Land de Brandebourg de Jean Mortier, Souvenirs, souvenirs. Souvenirs d’enfance, souvenirs de la RDA d’Heike Baldauf-Quilliatre, Les visites d’Erich Honecker en Allemagne fédérale en 1987 et à Paris en 1988 : Une perspective franco-allemande sur les épisodes d’un feuilleton de Hélène Miard-Delacroix, La crise économique, écologique et sociale des années 1980 en RDA de Marcel Boldorf, L’économie en RDA : de la faillite à la réunification d’André Steiner,La survivance de l’industrie dans les nouveaux Länder, essai de bilan vingt-cinq ans après la Wende d’Hervé Joly, Intégration, accommodement et contestation, Histoire et évolution des milieux sociaux en Allemagne de l’Est de Michael Hofmann.

On ne sera pas étonné de découvrir l’instrumentalisation qui se fit de certains penseurs décédés comme Nietzche et de la surveillance frappant des écrivains contemporains comme Günter Grass. La vision de la famille que certains écrivains portent à sa façon « un refus d’accepter l’héritage des pères de l’État socialiste ». Dans l’espace de la RDA il y avait un univers spécifique celui de la Saxe qui avait un roi jusqu’à fin 1918, qui fut l’ennemi de la Prusse en s’alliant à Napoléon et à l’Autriche-Hongrie et possédait des villes à forte dimension culturelle et mémorielle comme Leipzig et Dresde ; Heinz Czechowski (d’origine polonaise et parlant trois langues dont le tchèque) décrit par exemple Dresde à la croisée des diverses cultures de l’Europe centrale. Chez Jirgl « le personnage , noyé dans une société de masse, est confronté dans l’espace urbainà une architecture hostile, une architecture d’exclusion ; il doit fuir ou combattre sans relâche, et avec lui le lecteur ». C’est Von dem Machandel le quarantième-septième conte de Grimm, censé se dérouler dans les Mecklembourg  qui sert de point d’appui pour Regina Scheer. En français ce titre se traduit par Le Conte du genévrier ; il est classé dans la catégorie "Ma mère m'a tué, mon père m'a mangé". Sibylle Goeper rappelle que si certains écrivains de la RDA avait une certaine diffusion en RFA, la question du maintien et de la réception de la persistance de la spécificité culturelle est-allemande en littérature dans le domaine de la poésie. Le texte de Ralf Zschachlitz est éclairée par le fait que « la RDA revendiquait ainsi pour elle la représentativité de l’Allemagne libre et antifasciste ». 

Dans la seconde partie on commence par un film censuré où on relèvera les propos du Ministre délégué à la culture que l’on ne peut « confier au public la tâche de réfléchir à une solution aux problèmes et aux conflits exposés dans le film ». Dominique Herbert pense que le quotidien de la jeunesse ne disposait pas plus d’espace de liberté que le reste de la presse est-allemande et même le courrier des lecteurs est très encadré. Parce que la RDA a un besoin de reconnaissance par rapport à la RFA elle a entretenu des relations bien plus conséquentes que les autres pays de l’est avec la Chine. L’économie des deux y gagne car « la RDA assure un soutien technique à l’industrialisation chinoise, la Chine fournit des matières premières ». Eulenspiegel  était le seul magazine satirique en Allemagne de l’est, il est le successeur de Frischer Wind à partir du 1er mai 1954 il a été rebaptisé Eulenspiegel en référence à Till l'Espiègle. Sabine Bastian, qui insiste sur le rôle décisif du savoir interculturel pour décrypter le contenu, omet de préciser le sens du titre de ce journal ; elle  analyse dans ce périodique les procédures linguo-stylistiques utilisés depuis sa chute. . Hélène Camarade dit que le regard des créateurs de BD  sur la RDA est fort riche : nostalgie, impression de lieu où le temps s’est arrêté, sentiment de diverses menaces, thème de l’espionnage…Jean Mortier rappelle que l’art est-allemand était qualifié souvent de "non-art" or il semblerait qu’il ne faille pas le limiter à ce qui relève du réalisme soviétique. Heike Baldauf-Quilliatre qu’aujourd’hui « l’étude des conversations met l’accent sur la construction interactive des souvenirs. Elle montre comment une image de la RDA se construit constamment, au fur et à mesure dans les interactions et elle met ainsi l’accent sur la construction identitaire en tant qu’activité sociale et communicative ».

La troisième partie traite pour commencer en montrant les contorsions diplomatiques que les gouvernements français et ouest-allemands firent pour recevoir le dirigeant est-allemand Erich Honecker (d’ailleurs fils d’un mineur sarrois) en 1987 et 1988. Selon Marcel Boldorf « à la crise économique s’associaient une crise sociale et une crise écologique qui s’aggravèrent à la fin des années 80. Le SED ne trouva pas d’autre issue que de s’accrocher à son pouvoir traditionnel et s’empêcha ainsi de trouver des voies ouvrant sur le développement d’idées nouvelles et de modes d’actions différents ». André Steiner, dans l’article suivant, précise d’ailleurs que la productivité en RDA était égale à un tiers de ce qu’elle était en RFA en 1989. Herv2 Joly pense que la désindustrialisation dans l’ancien espace de la RDA est à lire en fonction du fait que cette dernière a frappé toute l’Europe occidentale. Pour Michael Hofmann des blocages politiques ont empêché l’intégration de certaines élites est-allemandes à l’establishment est-allemand qui par contre se sont retrouvées qualifiées pour créer des entreprises après la Réunification.   

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

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