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La guerre d'Espagne 1936-1939: la démocratie assassinée

La guerre d'Espagne 1936-1939: la démocratie assassinée
Tallandier480 pages
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Avis de Adam Craponne : "La fureur des traîtres, Rum bala rum bala rum ba la! Abat son aviation sur nous, Oh Carmela, oh Carmela ! 44"

Ce titre comprend seize chapitres plus une conclusion et une introduction. Cette dernière se clôt ainsi : « Encore aujourd’hui, quatre vingt-dix ans plus tard, les enjeux mémoriels que repré sente cette guerre sont majeurs : des éléments de langage et les logiques de construction de l’ennemi durant la guerre sont parfois repris tels quels dans l’espace politique espagnol, tandis que l’héritage républicain démocratique n’a été que faiblement assumé par le régime actuel. Peut-être parce que, énième victoire post mortem du franquisme, on confond encore le projet républicain avec ce que produisirent ses bourreaux : le désordre et la guerre » (page 15).

 

En France même pour certains, existe l’idée que les républicains ont provoqué, par des exactions, la réaction des forces nationalistes. Le journal "Le Figaro Histoire" avait d’ailleurs consacré un article très complaisant au titre "Les mythes de la Guerre d'Espagne", ce qui avait suscité des réactions dont celle d'Emilio Silva Barrera, petit-fils d'un civil disparu, victime de la répression fasciste en Espagne, Président de l'Association pour la Récupération de la Mémoire Historique (ARMH). Avec l'article de Jean Sévillia : "Sur la guerre d’Espagne, un pamphlet antifa déguisé en livre d’histoire", "Le Figaro Histoire" en remet une couche pour dédouaner les nationalistes espagols et disqualifier l'ouvrage de Pierre Salmon, Mercedes Yusta Rodrigo et François Godicheau.

 

Le premier chapitre s’intitule "Deux Espagnes ? Des Espagnes ..... " et il est rappelé que la Seconde République espagnole est proclamée le 14 avril 1931 dans une atmosphère de liesse populaire, suite à une colossale défaite des royalistes aux élections législatives. La Première République espagnole avait été éphémère puisqu’elle avait débuté au 11 février 1873 et qu’un pronunciamiento y mit fin le 29 décembre 1874 en demandant au futur Alphonse XII de devenir roi. Le fils posthume de ce dernier sera sur le trône espagnol de 1886 à 1931 et le petit-fils d’Alphose XII règnera après la mort de Franco en 1975. Dans un premier temps alternent au pouvoir le parti conservateur et le parti libéral, tous deux monarchistes.

 

L’Espagne est secouée par deux évènements extérieurs, le premier est la guerre hispano-américaine de 1898 qui se traduit par l’indépendance de Cuba et le passage, sous drapeau américain, de certains territoires dont les Philippines et Porti Rico. Le second est le désastre d’Anoual dans le Rif en 1921. À l’intérieur, crises politiques, répression des nationalismes et des mouvements sociaux rendent la situation explosive. Le dictateur Miguel Primo de Rivera dirige l’Espagne du 13 septembre 1923 au au 28 janvier 1930, date de sa démission.

 

Le second chapitre a pour nom " Une république à construire ". La République se retrouve face à des potentats locaux entretenant le clientélisme. L’État de droit est à construire car dans les faits il n’existe guère. Connaissent un grand dynamisme les deux centrales syndicales, la CNT et l’UGT. La République consolide l’accès à la liberté de conscience, à la liberté d’expression, et à la liberté de réunion. Par ailleurs les femmes obtiennent le droit de vote (le 1er octobre 1931) et le divorce est légalisé (le 25 février 1932).

 

" Un enjeu central : l’ordre social (1931-1933)" est le titre du chapitre suivant. Tant dans les campagnes que dans les villes, nombre de personnes sont en situation économique précaire. Le gouvernement va prendre des mesures pour s’attaquer au chômage massif. La Garde civile porte plus souvent les intérêts des notables locaux que le respect des décisions gouvernementales. Le Somatén, milice bourgeoise créée au cœur des années sanglantes de 1917-1923, est dissoute mais continue à agir. Des militants ouvriers, de tous les courants d’opinion, sont assassinés ; on a même des attentats dans des lieux où se réunissaient des gens appartenant à des mouvements de gauche. Une première tentative de coup d’État a lieu en août 1932. Pour contenir l’agitation sociale, « deux lois, de défense de la République et d’ordre public, identifiées avec exactitude par la CNT comme des armes contre elle et contre les formes de protestation sociale qu’elle représente, seront finalement complétées en 1933 par une troisième, la loi de vagos y maleantes, littéralement sur les vagabonds et les malandrins » (page 78). La question de l’ordre public se traduit, dans les premières années de la République, par une certaine répression qui mécontente les classes populaires mais n’emporte pas pour autant l’adhésion des classes dominantes et de l’Église au nouveau régime.

 

" L’obsession révolutionnaire et la radicalisation … des droites (1933-1935) " est le nom du quatrième chapitre. « Le gouvernement Azaña profite de l’échec du coup d’État de Sanjurjo pour faire passer, outre le statut d’autonomie de la Catalogne, la loi-cadre de réforme agraire » (page 95). En octobre 1934, une grève générale insurrectionnelle se déclenche dans les Asturies et elle est réprimée par Francisco Franco alors que la Catalogne réclame son indépendance. En réponse, il est proposé le statut d’autonomie de la Catalogne. Ce dernier, comme les lois de laïcisation, mécontente certains milieux notamment conservateurs.

 

L’intérêt de cet ouvrage, par rapport à d’autres sur la Guerre d’Espagne, est de bien situer dans quel large contexte cette guerre civile se déclenche. Deux autres chapitres nous y amènent encore, à savoir " La fascisation à l’espagnole et le Front populaire" et " La préparation du coup d’État ". Les dix chapitres suivants aident à mieux comprendre les tenants et les aboutissements de ce conflit. Selon les régions, la contre-révolution s’implante plus ou moins ainsi la Catalogne, le Pays basque et les Asturies résistent foncièrement.

 

On retrouve là évidemment la présence de nombreux musulmans du Rif dans l’armée nationaliste, l’importance de l’aide fournie à Franco par Mussolini et Hitler, l’usage de l’aviation qui frappe les civils pour atteindre le moral des forces républicaines, la répression dans les villes conquises par les nationaliste, l’action des Brigades internationales et les dissensions dans le camp républicain sanglantes à certains moments (le leader du POUM, Andrés Nin, est assassiné le 20 juin 1937 par les services soviétiques).

coup de coeur !

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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