Avis de Octave : "Un assassin un peu trop fier de son crime (le journal Le Siècle)"
Le récit démarre avec l’assassinat à Paris de Symon Petlioura le 25 mai 1926, par Samuel Schwartzbard. C’est la raison pour laquelle cet ouvrage est sous-titré L’Ukraine, une affaire française 1917-1926. Ajoutons personnellement une présence française et grecque dans la région d’Odessa entre décembre 1918 et mars 1919, sans objectif clair, la vague raison étant de favoriser ceux qui s'opposent aux soviets et aux anarchistes.
Symon Petlioura est un homme de lettres né en 1879 à Poltava, il est issu d’une famille cosaque orthodoxe et a fait des études au séminaire de la ville en question. Située à l’est de l’Ukraine, cette cité dépendit jusqu’en 1660 de l’Union polono-lituanienne qui prit le nom de république des Deux Nations en 1569.
Autonomiste puis indépendantiste, Symon Petlioura adhère dès 1898 au mouvement nationaliste, il est en 1900 l'un des fondateurs du Parti révolutionnaire ukrainien. Ce dernier se divise en trois mouvements et Symon Petlioura se trouve en 1905 au sein du Parti ouvrier social-démocrate ukrainien qui se fixe des objectifs nationaux et socialistes. Il fut franc-maçon à partir de 1917 (les loges étant interdite sous le régime tsariste) et devint même Grand Maître de la Grande Loge d'Ukraine d’avril 1919 à 1922. Cependant son obédience ne fut pas reconnue par le Bureau des relations maçonniques car une autre loge ukrainienne y fit barrage.
Schwartzbard est né en 1886, c’est un anarchiste juif originaire de Bessarabie. Toutefois sa ville de naissance a été attribuée à l’Ukraine par Staline en 1945. Il quitte la Bessarabie en 1906. Il vit à Vienne jusqu’en 1910 où il fréquente les milieux libertaires. Il rejoint ensuite Paris où il devient horloger. Il s’engage dans la Légion étrangère en août 1914 et est par deux fois blessé. Démobilisé en août 1917, il part en Russie où il sert dans les rangs bolchéviks. En 1920, il retourne à Paris où il reprend son métier d’horloger et renoue avec les idées anarchistes.
Gilles Antonowicz relève que le crime a été commis à 14h10 et que l’assassin a été immédiatement arrêté. Pourtant à 14h35, un pneumatique informant l’épouse de ce dernier que le crime allait être commis est envoyé et signé Samuel Schwartzbard. C’est donc un homme qui accompagnait Samuel Schwartzbard qui doit l’envoyer. L’implication des services secrets soviétiques est vraisemblable.
Samuel Schwartzbard bénéficie d’une campagne de presse en sa faveur car il a avancé qu’il avait agi pour venger les victimes de pogroms perpétrés par les hommes de Symon Petlioura. Or en Ukraine ce sont les troupes blanches de Dénikine qui les organisent, même si cette accusation de pogroms est à porter envers tous les divers groupes, y compris les soviets (dirigés alors pourtant par deux juifs Trotski et Lénine) et les anarchistes.
En réalité marginalement tous les Ukrainiens de cette époque, quelque soit leur philosophie politique, ont pu commettre des atteintes à la vie des juifs, ceci vu l’ambiance d’antisémitisme régnant dans une région où le pouvoir tsariste avait entretenu ce poison. Cependant certains chefs les encouragèrent ou les tolérèrent et d’autres comme Petlioura ou Trotski les condamnèrent.
On suit pas à pas le contenu du procès qui se clôt par l’acquittement de l’accusé en raison du fait qu’il aurait tué un chef de bourreaux et selon avocat pour prévenir les pogroms de demain. Schwartzbard meurt en 1938 en Afrique du sud, sa dépouille fut rapatriée en Israël en 1967.
Arnold Margolin, avocat de nationalité ukrainienne puis américaine, lui-même d’origine juive, s’indigne que le procès ait consisté à juger non le criminel mais un mort (Petlioura) forcément absent pour se défendre. Il avait déclaré que les troupes relevant de Petioura avaient pu mettre fin à des débuts de pogrom. Aujourd’hui l’Ukraine a rendu hommage à Petioura alors que Poutine continue à l’instrumentaliser dans ses discours visant à présenter le pays dont Kiev est la capitale comme une mine de fascistes (et d’ailleurs même avant l’heure).
De très nombreuses pages, dans la seconde moitié du livre, informe sur l’ensemble de l’histoire de l’Ukraine jusqu’à ces années de guerre civile (en s’attardant largement sur ces dernières). On apprécie l’abondance en nombre et diversité des supports de l’iconographie.
Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations