Avis de Jean-Pierre : "L’interculturalité suppose une démarche et pas simplement un comportement"
L’ouvrage est sous-titré Promotion de la santé : de l'intervention au deuil, et il est composé de quatre chapitres. La préface est du médecin Philippe Lefèvre, président de l’Institut Renaudot. Ce dernier, qui doit son nom à Théophraste Renaudot (en tant que médecin de Louis XIII et non pas comme fondateur du journalisme) est une association loi 1901 qui promeut le développement des démarches communautaires en santé, et qui a été autrefois présidé par Gildas Vieira. Ce dernier a coécrit en 2019, aux côtés de Robert Courtois et Emmanuel Rusch, l’article "Interculturalité et santé des personnes originaires de pays d’Afrique subsaharienne en France" pour la revue Recherches et éducation.
On retiendra des propos de Philippe Lefèvre en particulier ceci: « Une véritable intégration ne peut être le fait de donner une place à l’autre en lui demandant de respecter nos règles, nos us et coutumes et surtout de ne pas venir troubler notre sysgtème. (…) Dans chaque culture, il existe des spécificités, avec des places différentes données à la personne, à la famille, au corps, à la santé, à la maladie et à la mort » (page 7).
Dans son avant-propos, Gildas Vieira rappelle qu’il a passé son enfance à Brazzaville et qu’il est métis. Au passage, il nous en apprend un peu plus sur l’Institut Renaudot « qui avait pour but la promotion de la santé par le développement et le renforcement des démarches communautaires, au travers de son plaidoyer, apporte les éléments de définition et des principes d’intervention réfléchis en commun » (page 9). Il évoque là également la Charte d’Ottawa de l’OMS et le Secrétariat européen des pratiques de santé communautaire (SEPSAC).
Le premier chapitre se donne comme objectif la définition des concepts clés en matière de santé communautaire et interculturalité. Gildas Vieira passe en revue les textes qui marquent une évolution de la participation des usagers en matière de démocratie sanitaire. Il évoque à ce propos la loi du 21 juillet 2009 et la atratégie nationale définie par le ministère de la Santé et des Affaires sociales en 2013. Il présente également des actions mises en place dans différents paysveuropéens et américains.
Selon le SEPSAC, la demande communautaire en santé s’appuie sur:
« Des repères relatifs à une approche en promotion de la santé:
1. Avoir une approche globale et positive de la santé
2. Agir sur les déterminants de la santé
3. Travailler en intersectorialité pour la promotion de la santé
Des repères spécifiques à la stratégie communautaire:
4. Concerner une communauté
5.Concerner une communauté
6. Favoriser un contexte de partage, de pouvoir et de savoir
7. Valoriser et mutualiser les ressources de la communauté
Un repère méthodologique
8. Avoir une démarche de planification par une évaluation partagée, évolutive et permanent » (page 15)
Gildas Vieira poursuit en précisant notamment ce qu’apporte la démarche communautaire en matière de santé, si qui elle s’adresse et quel est son intérêt. Il aborde ensuite différents points dont l’interprétariat communautaire, l’acculturation, la littératie en santé. Face au deuil, il est rappelé qu’il y a cinq étapes principales : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation ;
Le deuxième chapitre se nomme "La santé communautaire : de la frecherche à l’action ". Il est question là de démocratie participative. L’auteur précise que la participation en santé répond à trois grands types d’objectifs :
- améliorer l’efficacité et l’impact des soins
- dynamiser la vie démocratique
- lutter contre les exclusions
Au sujet de la démarche, il parle de diagnostic partagé, de programme d’action négociée, d’évaluation participative, d’objectifs négociés, de stratégie d’action communautaire en santé. Il explore les diverses dimensions du diagnostic participatif et les outils pour permettre de le réaliser.
Ce second chapitre se clôt en présentant des initiatives en matière de santé communautaires réalisées en Ile-de-France en matière de lutte pour la réduction de la mortalité infantile, dans diverses régions françaises au sujet des addictions, d’échanges de savoirs dans le cadre d’un bistrot associatif à Beauvais, de focalisation sur les personnes précaires à Toulouse. Quelques autres expériences au Québec et à Bruxelles sont aussi rapportées.
Le troisième chapitre s’intitule "Les représentations de la santé et de la maladie dans l’interculturalité". Il s’agit de rendre compte de recherches-actions évoquées vers la promotion de la santé auprès des personnes originaires de l’Afrique subsaharienne dans la région Centre-Val de Loire et à Nîmes.
On va là définir des objectifs en faisant remonter des situations qui avaient posé problème à des soignants en charge d’une patiente ayant des références culturelles liées à une communauté. Il fallait ensuite reconnaître et valoriser des compétences transculturelles, mais aussi amélorer la communication et l’interaction au sein des communautés puis enfin de comprendre la signification des identités communautaires.
Le dernier chapitre évoque l’interculturalité dans le soin et le deuil. La place du corps dans différentes cultures et diverses religions est explicitée. La question de la pudeur et du conflit cognitif face à certaines maladies est approchée.
De la conclusion, on retiendra deux idées principales. La première est que «l’interculturalité nous pousse à interroger nos repères, nos normes, nos façons d’être en relation. Elle exige de sortir des évidences et d’accepter que l’altérité nous transforme. Mais attention à ne pas tout expliquer par l’inteculturalité certaines incompréhensions tiennent aussi à nos modes de vie, à nos rythmes, à nos priorités» (page 130).
La deuxième pensée importante est que « la santé communautaire, adossée à l’interculturalité et à une véritable reconnaissance des métiers du lien, peut ainsi devenir une réponse puissante aux fractures sociales et symboliques du lien, peut devenir une réponse puissante aux fractures sociales et symboliques de notre époque. Elle répare, rassemble, transforme » (page 131).
Cet ouvrage a un contenu très riche dans les pistes de réflexion qu’il offre. Nous avons donc dû faire des choix pour rendre compte de certains de ses aspects.
Pour connaisseurs Quelques illustrations