Avis de Benjamin : "Une foi, une allégeance, un jeu parlementaire, une milice et des médias"
Il s’agit ici de revenir quelque peu sur d’origine du parti politique chiite au Liban (fondé clandestinement en 1982) et de retracer l’évolution radicale qu’il a connu avec Hassan Nasrallah entre 1992 et 2024. Il est notable que le prédécesseur de celui-ci, à savoir Abbas Moussaoui, comme Hassan Nasrallah ont été assassinés par les forces israéliennes. C’est Naïm Qassem, qui a été professeur de chimie dans des lycées publics qui est l’actuel dirigeant du Hezbollah. Il est venu du Mouvement Amal et est le seul membre-fondateur du Hezbollah vivant encore.
Les chiites se sentent vite marginalisés à la création du Liban où ils sont la communauté la plus pauvre et celle où il y a le moins de membres accédant à l’enseignement secondaire, ce qui entraîne un repli communautaire. En 1969, le mollah Sader appelle à réaliser l'égalité entre toutes les communautés et pour cela il crée le mouvement des dépossédés (harakat al-mahroumin). Fin août 1978, il est assassiné en Libye sur ordre du colonel Kadhafi.
Le Hezbollah gagne une grande visibilité positive en faisant face à l’invasion israélienne du sud de Liban en 1982, il organise une résistance face à celle-ci. Quant l’État hébreu se retire en 2000, la milice libanaise au service d’Israël est dissoute. Nombre de ces membres sont faits prisonniers par le Hezbollah, qui les livre aux forces de sécurité intérieure du Liban afin qu'ils soient jugés pour " collaboration avec l'ennemi ". Le Hezbollah agit pour prévenir toute épuration sauvage et gagne globalement en respectabilité à cette occasion.
Le Hezbollah ("le Parti de Dieu"), à l’origine un groupe paramilitaire clandestin est devenu un parti politique engagé dans les élections de tous niveaux et un acteur social (avec notamment ses hôpitaux, ses entreprises du bâtiment et ses écoles). Le Hezbollah ne sépare pas le religieux du politique, il appelle au Walî al-Faqih, c’est-à-dire la tutelle du juriste musulman ou gouvernement du docte.
« Depuis sa naissance, le Hezbollah affirme donc une loyauté absolue au Guide suprême iranien. Cette obéissance est inculquée dans les mosquées, les hussayniyât (centres de rassemblement chiites) et les centres éducatifs du Hezbollah » (page 40).
« Dès ses premières années, le Hezbollah revendique un projet politique qui dépasse largement les frontières du Liban. Il ne s’agit pas, pour ses dirigeants, de créer un simple État islamique libanais. Il s’agit de faire du Liban une sorte de "province" dans un ensemble plus vaste : la grande République islamique, guidé par le Walî al-Faqih. Le 27 juillet 1986, Hussein al-Moussawi (…) déclare : "Nous n’appelons pas à la création d’un État islamique au Liban, mais plutôt à la création d’un grand État islamique global qui absorbe le Liban. Nous ne sommes pas seulement des musulmans libanais. Nous sommes les musulmans du monde" » (page 43).
Le Hezbollah a compris très tôt que la guerre moderne se gagne aussi par la vision médiatique offerte et Alain Monnier consacre, pour ce qui est la voix du Hezbollah, un chapitre spécifique aux médias traditionnels qu'il utilise et un second à ceux relevant des réseaux sociaux en usage par lui.
Plusieurs autres points de l’ouvrage restent à découvrir comme en particulier la culture du martyr ancrée alliée à l’attente du Mahdi dès l’origine dans le chiisme duodécimain ou l’action du Hezbollah dans la guerre civile en Syrie (il a notamment freiné l’avancée de Daesh).
En fin d’ouvrage, Alain Monnier envisage trois scénarios d'avenir, pour ce parti politique libanais. Une moindre autonomie militaire par rapport à l’État libanais pour un poids politique mieux reconnu, une radicalisation débouchant sur une action tendant vers une guerre d’harcèlement intense d’Israël, et enfin un éclatement entre ceux qui entendent renforcer son rôle de bras armé de l’Iran et ceux qui désirent redéfinir le Hezbollah comme une seule force politique confessionnelle jouant un rôle majeur dans la vie politique libanaise, en prenant plus en compte l’intérêt de la patrie. Reste, selon nous, que l’Iran resortira plus puissant au sortir de la confrontation que lui ont imposée les USA début 2026. Il pourrait plus largement financer ceux qui, au sein du Hezbollah, entendent servir les intérêts de Téhéran plus que ceux du Liban.
Pour connaisseurs Aucune illustration