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Odeurs et parfums en Occident qui fait l’ange fait la bête

Odeurs et parfums en Occident qui fait l’ange fait la bête
Félin 305 pages
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Avis de Benjamin : "Le parfum est la musique du corps"

La France compte trois musées du parfum, l’un à Paris dans le huitième arrondissement au faubourg Saint-Honoré ouvert depuis décembre 2016, un autre à Graveson (dans le nord-ouest des Bouches-du-Rhône, près d'Avignon) et le dernier à Grasse inauguré en 1989.

L’auteur évoque l’histoire du parfum dans la culture occidentale. Les chapitres successifs se nomment : Le parfum dans l’Antiquité : une euphorie aromatique, Monothéisme et parfum : volutes sacrées et saintes effluves, Parler du parfum : symboles, métaphores et codes, L’Europe et ses odeurs : des boues au boudoir de Narcisse, L’imaginaire du parfum, L’impact social de l’odeur, L’osmologie au troisième millénaire.

Dans le premier chapitre, l’auteure pointe en particulier une fonction sociale du parfum dans l’Antiquité où ce dernier sert à honorer systématiquement les dieux, les morts, les citoyens méritants, les athlètes, les morts et les amants (page 59). Pour cette période les parfums sont obtenus sans alcool ni distillation, ils prennent l’apparence d'huiles et d'onguents odorants ainsi que de matières odorantes à brûler ou chauffer ; il est bon de rappeler que le mot parfum vient d'ailleurs de là (per fumum : par la fumée). Dans la partie consacrée aux productions artistiques ou littéraires, on avance que dans le conte érotique Les métamorphoses (aussi connu sous le titre de L'Âne d'or) d’Apulée (natif d'Ifriqiya, il décède peu après l'année 170), le héros ne se transforme pas en oiseau mais en âne en ne prenant pas le bon onguent. Ceci rappelle le côté magique qui caractérise le parfum dans les temps anciens.

Mosaïque byzantine du Ve siècle évoquant Les métamorphoses

La vision rapportée des effluves dans la Bible ne manque pas d’intérêt. «  La Bible énumère sept types d’encens et, dans l’Exode, Dieu prescrit à Moïse la composition de deux parfums sacrés dont il interdit l’usage profane car ils lui sont destinés » (page 77). On se doute que dans le Nouveau Testament, le Christ, la Vierge et Marie-Madeleine la pécheresse entretiennent des liens avec les parfums. D’autre part dans l’Islam, le henné joue un rôle important mais l’auteure ne fait que signaler cela car ce n’est pas en lien direct avec son sujet.

Il est vraisemblable qu’après les invasions barbares l’importance du parfum diminue en Europe occidentale alors qu’elle se maintient dans l’Empire romain d’Orient. Dans la période médiévale, l'Église se méfie du parfum l'assimilant à un de ces "artifices du diable". Toutefois, ajouterons-nous personnellement, en 1370 apparaît L’Eau de la Reine de Hongrie, à base de romarin ; c’est le  premier grand parfum alcoolique en s'inspirant de préparations élaborées par des médecins de Montpellier, à savoir Raymond Lulle et Arnaud de Villeneuve. La souveraine en question est Élisabeth de Pologne épouse de Charles Robert de Hongrie (petit-fils de Charles II d'Anjou et donc descendant de Blanche de Castille) ; elle décède à soixante-quinze ans.

Cependant la longue présence de l’Islam en Espagne (jusqu’à la fin du XVe siècle) permit de maintenir, sur le continent eurpéen, une connaissance des aromates qui se révéla bien précieuse lorsque les cours européennes de l’époque de la Renaissance puis du Grand Siècle se mirent à un emploi très conséquent des parfums. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, en s’inspirant des apports de Galien, transmis et enrichi par les Arabes, se développe même en Europe une thérapie aromatique (pages 157 à 161). Les informations significatives se multiplient tout au long de cet ouvrage et s’il serait trop long de les citer toutes, on relèvera cependant que par un décret de 1810 Napoléon oblige à bien distinguer les métiers de parfumeur et de pharmacien, cependant l’eau de Cologne continue d’être censée avoir la possibilité d’alléger certains maux.

Le XIXe siècle voit les débuts de la chimie organique, en synthétisant des molécules les laboratoires diversifient considérablement la palette du parfumeur ; dans le même temps  les grandes verreries  produisent en série et à bas prix des flacons. Au début des années de l'Entre-deux-guerres naissent de nouveaux parfums qui connaissent un succès vraiment durable comme le N°5 de Coco Chanel dès 1921, Shalimar mis au point par Guerlain et  Arpège de  Jeanne Lanvin.

Au début des Trente glorieuses des couturiers créent des parfums ainsi Christian Dior lance en 1947  son premier parfum Miss Dior et Hubert de Givenchy réalise L’Interdit. En sautant quelques étapes on peut dire qu'au XXIe siècle  n'importe quelle célébrité dans tous les domaines peut lancer son parfum. Si le parfum gardera toujours une aura de mystères, cet ouvrage révèle un univers fascinant où des fragances sont situés dans dimensions religieuses, funéraires, thérapeutiques, artistiques ou historiques. On apprécie l’index des noms propres et les nombreuses illustrations de taille raisonnable et parfois en couleurs.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Benjamin

Note globale :

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