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Esprit de laïcité et pouvoirs en France

Esprit de laïcité et pouvoirs en France
Le lys bleu236 pages
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Avis de Benjamin : "Nous ne sommes pas ce que nous désirons être. Nous sommes ce que la société exige (Paulo Coelho)"

Cet ouvrage présente en sept chapitres le passage de la toute puissance de l’Église à l’affranchissement progressif du contrôle de celle-ci dans la société française ainsi que des étapes vers une conscience individuelle menant à une déconfessionalisation. Julien Papp précise : « Dans une perspective de progrès de la raison, on pourrait parler de rechutes. Dans une histoire extrêment riche et lulmineuse où le religieux imprègne ou influence pratiquement tous les domaines de la vie sociale, culturelle et politique, on ne cherchera qu’à retenir ce qui relève des relations entre la sphère du catholicisme et le domaine séculier ; il n’est donc pas question d’écrire une histoire religieuse » (page 8).

Le premier chapitre s’intitule " Héritage médiéval et Temps moderne ", il y est rappelé que l’empereur Théodose proclame le christianisme comme religion officielle en 381 (soit près de 70 ans après la conversion de l’empereur Constantin). Avec les invasions barbares, en Europe occidentale, l’Église catholique reste la seule force de cohésion sur cet espace.

En 751, les évêques des Gaules sacrent Pépin le Bref à Soissons et son fils Charlemagne est couronné empereur en l’an 800 à Rome. Avec Louis le Pieux, fils de Charlemagne, l’idée que le pouvoir souverain émane d’une autorité religieuse s’installe alors que la vassalisation est en marche. La réforme grégorienne est un mouvement d’opposition à l’intervention des laïcs sur les charges ecclésiastiques et le patrimoine de l’Église. Le pape Innocent III affirme que le pouvoir spirituel doit dominer le pouvoir temporel. Cela se traduit, dans son esprit, par l’idé que les rois et l’empereur sont les vassaux du pape. Cependant avec Louis IX (le futur Saint Louis) s’affirment les prémices d’une Église nationale et une montée des légistes laïcs.

Au XIIIe siècle, la redécouverte des textes d’Aristote et d’autres penseurs grecs amène une autre vision du monde que celle portée par la religion chrétienne. Marsile de Padoue et Jean de Jaudun (né vers 1275) et Jean de Jandun (né 5 ans plus tard au centre du département qui deviendrait celui des Ardennes) ont composé secrètement trois discours traitant de la politique générale et de l’organisation de l’Église. Ceux-ci sont regroupés sous le titre Le Défenseur de la paix. Ils sont réfugiés à la cour de l’empereur Louis IV (Louis III de Bavière), qu’en Avignon le pape Jean XXII refuse de reconnaître comme empereur. Ce texte présente « une conception sécularisée de la vie religieuse, l’Église n’étant qu’une institution humaine » (page 17). En 1356, on successeur Charles IV, par la Bulle d’or, donne le choix de l’Empereur à sept électeurs et retire la nomination de ce dernier au pape, la confirmation par l’Église devient facultative. Le Grand Schisme affaiblit la papauté entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle.

Dans le royaume de France, en 1438 la Pragmatique sanction de Bourges marque les limites de l’influence romaine dans la nomination aux épiscopales et abbatiales au profit du souverain. Dans la Déclaration des quatre articles, Bossuet en 1682 affirme que « le pouvoir du pape est purement spirituel ; les monarques ne peuvent être soumis à la papauté, les jugements du pape sur les questions de la foi doivent être validés par les conciles de l’Église de France ; et, en tout cas, ils ne peuvent pas être contraires aux coutumes du royaume » (page 20).

Si peu d’hommes font état de leur incrédulité religieuse dans l’Occident chrétien, on trouve toutefois quelques traces de celle-ci. Au tournant du XIIIe siècle, le poète picard Hélinand de Froidmond (vers 1160-vers 1223/1237), un moine cistercien écrit que certains pensent (mais pas lui) que : « Morz est la fin de la bataille, Et âme et corps néant devient ». Par ailleurs paraît au XIIe siècle un Traité des trois imposteurs, à attribuer soit à Frédéric II de Hohenstaufen ou à Pierre des Vignes son secrétaire. Les personnages évoqués là sont Abraham, Jésus et Mahomet.

Des termes comme athée, athéiste, achriste sont attestés à partir de 1530. César de Chauvigny (1578-1618) donne ceci : « Je ne veux ny turban, ny chape, Je ne crois ni Mufty, ni Pape » . Pierre Bayle (né le 18 novembre 1647 près de Pamiers) s’exprime comme un pamphlétaire huguenot, aussi il s’attache à condamner les dévoiements du catholicisme : idôlatrerie, superstition, cléricalisme, fanatisme. Les penseurs des Lumières ont puisé là nombre d’idées. Diderot est foncièrement hostiles aux religions comme véritable athée.

Dans l’univers des Lumières, une place est à faire à la franc-maçonnerie. « La maçonnerie moderne a pour document fondateur les Constitutions de la Grande Loge de Londres, inspirées d’un huguenot français, [né le 12 mars 1683 près de La Rochelle], et publiées en 1783 avec la signature de James Anderson. Ces Constitutions jettent les bases d’une large tolérance religieuse et diffusent des valeurs comme le pacifisme, l’individualisme et la foi rationaliste. On retrouvera les francs-maçons à l’époque du Directoire oeuvrant à l’élaboration d’un nouveau système spirituel » (page 42).

Les penseurs des Lumières partagent des thèmes comme la tolérance ou la cohabitation du sentiment et de la raison. À la fin du règne de Louis XV, l’anticléricalisme devient de plus en plus visible. Le marquis d’Argenson écrit : « les prètres osent à peine se montrer dans les rues, sans être hués ». Au cours du XVIIIe siècle, jansénistes, philosophes et parlementaires s’unissent contre les jésuites perçus comme des agents du pape et inspirateurs de la bulle Unigenitus. Les jésuites sont expulsés du royaume et la censure royale ne répond plus aux remontrances du clergé.

La constitution civile du clergé marque le triomphe du gallicanisme, mais il s’agit là d’une vistoire à la Pyrrhus car au départ seuls quatre évêques (dont Talleyrand) d’après Julien Papp (sept selon d’autres sources plus fiables) et la moitié des prêtres la refusent. En 1792 l’état-civil est laïcisé et le divorce autorisé. Les connotations religieues des noms des communes disparaissent et un calendrier républicain est proposé. Le 21 février 1795, la Convention nationale établit la liberté et confirme la Séparation de l’Église et de l’État. Le culte de la Raison, puis de l’Ȇtre suprème sont promus. La franc-maçonnerie prône la théophilantropie basée sur des «discours et lectures édifiantes, destinées à ouvrir les coeurs des hommes à l’harmonie naturelle » (page 58).

Napoléon Bonaparte entend faire du clergé des agents du pouvoir, le Concordat est l’outil qui lui permettra. Une partie de ce texte, les soixante-sept articles, ne sont d’ailleurs pas econnus par le pape. Les cultes réformé et juif sont reconnus également. Sous la Restauration, le divorce est interdit et l’Église a la main sur l’enseignement primaire (soit par la surveillance d’instituteurs communaux, soir par les congrégations enseignanres). Le Concordat napoléonien est mis en sommeil, le temps de la Restauration, au profit du Concordat de Bourges de 1416. La Monarchie de juillet revient au Concordat napoléonien.

Dans un premier temps l’Église bénit les arbres de la liberté en 1848. Cependant bientôt elle soutient le prince Napoléon qui se fait élire président de la République. Au milieu de cette Seconde République est votée la loi Falloux qui livre l’enseignement secondaire à toutes les initiatives de l’Église en matière de création d'établissements.

Sous l’Ordre moral, de 1873 à 1879, les pélerinages se multiplient et la décision d’ériger la basilique du Sacré-Coeur est décidé pour réparer les crimes de la Commune. À partir de 1879, les républicains contrôlent la Chalbre des députés, le Sénat et la Présidence de la République aussi ils vont faire voter plusieurs lois de laïcisation. Entre 1889 et 1886, on assiste, outre à la laïcisation des cimetières (non signalée par Julien Papp, à l’expulsion des jésuites, l’abrogation du repos obligatoire le dimanche, la suppression des prières aux rentrées parlementaires, le vote de lois libérales sur la presse et les réunions publiques, l’élection des maires par le conseil munincipal (et non leur nomination par le préfet), la laïcisation de l’enseignement puis celle des enseignants.

La presse catholique, et en particulier La Croix, un journal fondé par les Assomptionnistes (une congrégation fondée à Nîmes en 1850 par le père d’Alzon), se déchaînent contre les mesures de laïcisation et Alfred Dreyfus. Par une suite de circonstances, à savoir la visite du président Émile Loubet à Rome pour rencontrer Emmanuel III, la Sépaation de l’Église et de l’État, dont on discutait depuis quelques années, est votée fin 1905. En 1880, il est fait obligation aux instituteurs de l’enseignement privé de posséder le CAP. Ajoutons personnellement que nombre d’entre eux sont d’anciens congréganistes qui se sont officiellement laïcisés.

En 1919, l’enseignement professionnel privé a droit à des subventions et en 1923 nombre de congrégations sont officiellement autorisées à rentrer en métropole (certaines n’avaient d’ailleurs pas attendu cette permission). La tentative d’appliquer les lois laïques en Alsace-Moselle échoue en 1925.

Des personnages divers comme René Besnard, député puis sénateur radical d’Indre-et-Loire mais aussi ambassadeur de France en Italie (24 octobre 1924-27 novembre 1927). Il est donné comme montrant des sympathies avec le fascisme mais est fondamentalement un bon exemple que des personnalités radicales valoisionnes ou radicales indépendants, durant l’Entre-deux-guerres, n’ont plus la laïcité comme moteur dans leurs préoccupations. La personnalité la plus intéressante semble Jules Claraz (1868-1944) qui a quitté l’Église (où il avait été vicaire). Durant toute l’Entre-deux-Guerres, il parcourt toute la France avec l’appui de la Libre Pensée, afin de tenir des conférences où il démonte les dogmes du catholicisme et porte un regard critique sur les religions en général.

Le régime de Pétain est accueilli avec ferveur par l’Église, même si plusieurs ecclésiastiques émettent de plus en plus des réserves. Ainsi rappellerons-nous la création des Cahiers de témoignage chrétien le 16 novembre 1941 par le père Cheillet, un jésuite. Même si les congrégations enseignantes sont tolérés depuis les Années folles, les lois les concernant ne sont abrogées que par le régime de Vichy. Juifs, francs-maçons et certains militants syndicalistes ou politiques sont chassés de la fonction publique. Les cations de deux minstres de la Fonction publique sont un peu évoquées. Si Jacques Chevalier entendait cléricaliser l’école publique, Jérôme Carcopino revient sur certaines mesures de son prédecesseur favorisant la diffusion de la religion et prône un enseignement élitiste et classique. Quelques informations sur la politique scolaire d’Abel Bonnard aurait été souhaitables, nous renvoyons à sa biographie rédigée par Benjamin Azoulay.

Le sixième chapitre est intitulée " La laïcité assiégée (1945-année 2000) ". Du fait du passage du PCF à l’opposition à partir de 1947, les socialistes et le MRP gouvernent souvent ensemble et surtout s’allient aux élections législatives de 1951. Avec ce système des apparentements, nous donnerons en exemple le Territoire de Belfort où les voix socialistes sevent à réélire un démocrate-chrétien au détriment d’un ancien radical-socialiste apparenté au PCF, le deuxième siège allant à un gaulliste. Les députés favorables à l’enseignement privé sont largement majoritaires après les élections de 1951. Ils sont membres du CNI, du MRP et parfois même du parti radical ou de l’UDSR (où siège François Mitterand). Nombre de lois anti-laïques sont ainsi votées sous la IVe république. Au début de la Ve République, la loi Debré va dans le même sens, on sait le Comité national d’action laïque mobilisa avec force contre celle-ci. Il est aussi évoqué le projet Savary de rapprochement entre l’enseignement privé et l’enseignement public, ainsi que l’échec, grâce au Conseil constitutionnel, de la possibilité de faire financer les investissement de l’enseignement privé. L’idée était alors portée par François Bayrou, ministre d’un gouvernement dirigé par Édourd Balladur.

Le dernier chapitre a pour titre " Nouveaux fronts du combat laïque " . Il est question là notamment des frères musulmans et de l’Affaire du voile de Creil. L’attitude d’élèves face à certains enseignements, certaines tenues vestimentaires, les manifestations de refus de la mixité à la piscine, l’expression de formes d’antisémitisme sont des éléments présents dans le Rapport Obin. Ce dernier datait de 2004. Des dérives communautaires dans le sport sont également rapportées par Julien Papp.

Sont ensuite avancées les idées développées par Aline Girard, secrétaire générale de l’association Unité laïque. Celle-ci est contre les discours tenus par les tenants de la Vigie de la laïcité dans un texte " Laïcité de séparation et laïcité de coopération " paru en janvier 2025 dans le blog-revue Mezetulle de Catherine Kintzler (on pourra le lire là https://www.mezetulle.fr/laicite-de-separation-et-laicite-de-cooperation-un-grossier-piege-semantique-par-aline-girard/). Elle s’oppose en particulier à ceux qui veulent « faire passer la notion de liberté de religion sur le principe de laïcité, privilégie les affects dans la conduite des affaires publiques et orienter la société vers le concept anglo-saxon de tolérance communautariste fondée sur la religion ». Globalement ce texte est très polémique et certains lecteurs pourront largement regretter que l’âpreté parfois caricaturale des débats entre laïcs authentiques permettent parfois d’assourdir le fait que certains politiciens de droite et le Rassemblement national se fassent les promoteurs d’une laïcité marquée par une opposition radicale aux musulmans et une défense des racines chrétiennes de la France.

Dans sa conclusion, l’auteur revient de façon concise sur les étapes qui ont amené à la laïcisation de la société française. Il se montre opposé, une fois de plus, à de nouvelles interprétations de la laïcité, celles entendant faire preuve de compréhension face à certaines demandes communautaristes.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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