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Histoire des Jésuites: D'Ignace de Loyola au pape François

Histoire des Jésuites: D'Ignace de Loyola au pape François
Tallandier320 pages
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Avis de Ernest : "L’ordre catholique le plus vilipendé"

La Compagnie de Jésus a été fondée en 1534 à Montmartre par le prêtre espagnol Ignace de Loyola né au Pays basque et mort espagnol et mort à Rome. Comme soldat, il sert dans l’armée du roi de Castille de 1517 à 1521. Suite à une blessure, il se retrouve avec une jambe plus courte que l’autre et devient boîteux. Il mène un temps une vie d’ermite. En 1523 il fait un pélerinage en Terre sainte. Il consacre ensuite onze années à des études tant profanes que théologiques en Espagne.

 

En butte à de vives attaques tant de dominicains que de l’Inquisition, il part en février 1528 pour Paris où il réside sept ans pour perfectionner ses connaissances en matière religieuse. C’est là qu’il jette les fondements de la Compagnie de Jésus, en groupant autour de lui des étudiants dont le Savoyard Pierre Favre ainsi que le Navarrais Francisco Iassu de Azpilcueta y Xavier (connu aujourd’hui comme Saint Xavier). En 1534, avec six compagnons il prononce des vœux de pauvreté et chasteté. Trois autres se joignent plus tard à ce groupe. La plupart d’entre eux sont ordonnés prêtres le 24 juin 1537 à Venise.

 

Le nouveau pape Paul III approuve l’idée de créer une société de prêtres savants, rigoureux, intègres et désireux de réformer l'Église dans le cadre du catholicisme. Ignace, Codure et Favre rédigent pendant un certain temps les statuts de l’ordre de la Compagnie de Jésus qui est acceptée par le pape Paul III le 27 septembre 1540. Les jésuites « sont très actifs au concile de Trente (1545-1563) qui doit donner au catholicisme ébranlé par la Réforme l’argumentaire théologique et idéologique pour relever ce défi » (page 11). Quoique Ignace reste à Rome, on est là face à « un Ordre missionnaire dont la finalité sera de travailler à l’expansion du catholicisme à travers le monde » (page 11).

 

Les trois premiers chapitres se nomment : Aux origines de la Société de Jésus, Les temps héroïques, Aux avant-postes du combat contre la Réforme. Le quatrième chapitre, consacré aux missions ultramarines, permet d’approcher des personnalités comme François Xavier en partance pour l’Inde puis notamment le Japon, Alessandro Valignano présent également au pays du soleil levant mais aussi à Macao, Roberto de Nobili qui se rend dans le sud de l’Inde et à Ceylan, Matteo Ricci avec les frères Sébastiao Rodrigues et Michele Ruggieri arrivant en Chine. On sait que les efforts pour trouver les chemins d’une conciliation avec les cultures d’Extrême-Orient et les manifestations du culte catholique se terminent par un échec du fait de l’intransigence des papes Clément XII et Benoît XIV vis-àvis des "rites chinois".

 

La Compagnie de Jésus est également présente en Afrique, ainsi elle fonde le collège Saint-Paul à Luanda (future capitale de l’Angola) en 1574, ou en Amérique où les jésuites tentent au Paraguay de développer des réductions. Ce dernier mot renvoie à l’idée de voir les indigènes être regroupés donc sédentarisés pour les soumettre à l'Église. Là, comme dans les autres continents, il y a une approche d’inculturation, consistant à évangéliser en tenant compte des représentations mentales et religieuses déjà existantes des populations locales.

 

Suivent dix chapitres respectivement intitulés: Origines, rites et pratiques, Le siècle d’or , Les Jésuites et les arts, De l’apogée à la « calamité », Le long XIXe siècle, Le renouveau jésuite dans le premier xxe siècle, Les Jésuites et le concile Vatican II, Un pape jésuite: le pape François.

 

 

On recuillera là diverses informations, nous en avons sélectionnées quelques-unes. On sait que l’ordre des Jésuites s’intéresse à l’éducation des jeunes et on verra que dix ans après sa création, la Compagnie de Jésus ouvre son premier collège. Ils propagent la thèse de l’Immaculée Conception devenue un dogme seulement en 1854 et se font donc les avocats d’un culte marial. Ils sont présents au milieu des soldats dès 1535, ce sont donc les ancêtres des aumôniers aux armées.

 

« Des Jésuites exercent la double fonction de confesseur et de directeur spirituel jusqu’au sommet de la pyramide poli tique et sociale, leur engagement commençant auprès du souverain et des familles princières » (page 121). Le Parlement de Paris, où existe une forte présence janséniste et gallicane, interdit la Compagnie de Jésus à la fin du règne de Louis XV. Déjà interdite dans nombre de royaumes catholiques, la Compagnie de Jésus est dissoute par le pape en 1773. La Russie orthodoxe et la Pusse majoritairement protestante accueille certains jésuites. En 1814, Pie VII la restaure. En France les jésuites sont bannis en 1880 mais revenus pour certains ils sont de nouveau expulsés en 1901. Toutefois ils sont tolérés dans l’hexagone au sortir de la Première Guerre mondiale.

 

Suivent quelques citations de notre choix. « Au lendemain de la Grande Guerre, dans le cadre des règle ments de paix, est créé le Bureau international du travail (BIT) à la tête duquel est placé l’ancien ministre socia liste français Albert Thomas. Or celui-ci se choisit comme principal collaborateur un jésuite, le père André Arnou, une nomination qui confirme combien, après cette guerre, la page est tournée. Il est significatif que le père Arnou ait, sans interruption, des Jésuites pour successeurs » (page 254).

 

« Les Jésuites français ne montrent pas une quasi unanimité dans leur relation avec Vichy. Ils sont au contraire profondément divisés. Incarnée par le père Paul Doncœur (1880-1961), une aile conservatrice, voire traditionaliste, voit dans Vichy le régime qui, enjambant plusieurs décennies d’incroyance, va ramener la France à un ordre chrétien. Il organise le 15 août [1942] au Puy-en-Velay un grand rassemblement de la jeunesse catholique rehaussée de la présence de nombreux évêques et d’officiels de Vichy » (page 263). En 1944 il sera d'ailleurs mis à l’écart du scoutisme pour ses prises de position en faveur du régime de Pétain.

 

« Franchissant un pas supplémentaire en novembre 1941, il lance les Cahiers et le Courrier du Témoignage chrétien pour lesquels il reçoit le concours des pères de Lubac et Fessard. C’est précisément dans ces Cahiers que ce der nier publie son appel fameux : « France, prends garde de perdre ton âme ! » Sous la surveillance de la police, le père Chaillet est arrêté, puis libéré, mais c’est le signal que le temps est venu pour lui de passer dans la clandestinité, une décision pleinement justifiée après l’invasion de la zone sud par la Wehrmacht en novembre 1942 » (page 265).

 

« Quand O’Keefe retrouve Arrupe qu’il a laissé à l’infirmerie, celui-ci est en pleurs. La lettre lui en fournit l’explication: le pape [Jean-Paul II] vient de reprendre le contrôle absolu de la Société de Jésus. Ne l’estimant pas assez fiable, il ignore tout simplement le choix d’O’Keefe comme vicaire général. Est nommé à sa place en qualité de « délégué personnel du pape » un jésuite chevronné, le père Paolo Dezza, ancien confesseur de Paul VI et recteur de la Grégorienne. Sa tâche sera de veiller « au gouvernement de la Compagnie jusqu’à l’élection du nouveau général. Il sera assisté du père Pittau qui officiera auprès de lui comme coadjuteur » (page 283-284).

 

« Il est une dernière priorité sur laquelle le pape François revient inlassablement: le défi écologique qu’il invite chrétiens et non-chrétiens à relever. Il lance cet appel dans l’encyclique Laudate si’ qu’il publie le 24 mai 2015, soit deux ans seulement après son élection, soulignant par là même l’importance qu’il lui accorde. Il s’agit de défendre « notre maison commune », menacée de mul tiples agressions qui mettent en danger notre planète. Mais là encore il reprend et amplifie des idées que les Jésuites ont récemment commencé à développer. En 1999, le Secrétariat pour l’apostolat social a publié un document sous le titre éloquent Nous vivons dans un monde fragmenté. Réflexions sur l’écologie. En 2011, ce thème est revenu dans un nouveau document, Recomposer un monde brisé, qui est pour Gianni La Bella " un vrai manifeste de l’écojésuitisme" » (pages 302-303).

 

 

 


 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

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