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Les jésuites des États-Unis: L'américanisation de l'Église catholique

Les jésuites des États-Unis: L'américanisation de l'Église catholique
Presses Universitaires du Septentrion623 pages
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Avis de Benjamin : "Comme la terre me paraît vile quand je regarde le ciel ! (Saint Ignace de Loyola)"

La Compagnie de Jésus a largement contribué à bâtir un catholicisme américain qui est professé à ce jour par près d’un quart de la population des USA. Au moment de l’indépendance du pays, les fidèles de Rome sont extrêmement minoritaires. Ils vont croître tout au long du XIXe siècle, d’abord du fait de l’acquisition de territoires qui avaient été des colonies françaises ou espagnoles, puis par une immigration venue notamment de l’Irlande (alors une île relevant du Royaume-Uni), d’Italie, d’Allemagne et Autriche-Hongrie. On a également des descendants de Canadiens français qui migrent vers le nord des États-Unis.

La présence des jésuites, sur le continent américain, remonte au XVIe siècle, mais elle est évidemment longtemps cantonnée aux colonies françaises, portugaises et espagnoles. Au XVIIe siècle, leur présence se limite essentiellement au Maryland (fondé par des catholiques anglais) mais là comme, en Pennsylvanie, au New Jersey et à New York, ils connaissent des temps d’interdiction et de plus ou moins grande tolérance jusqu’à l’indépendance des USA. À la date de celle-ci, c’est en Pennsylvanie qu’ils sont les plus nombreux du fait de la venue de jésuites germaniques.

John Carroll (1736-1815), est un jésuite d’origine irlandaise né dans le Maryland, il part faire ses études à Saint-Omer et Liège. Il revient aux États-Unis à la suite de la suppression de la Compagnie en 1773 et devient en 1789 le premier évêque sur le sol des USA. Les jésuites pilotent ce premier développement tant parmi les immigrés ou leurs descendants que auprès de la population autochtone. On retient pour cette période la figure Pierre-Jean De Smet, né en Flandre-Occidetale, qui à partir de 1837 mène des missions auprès des indiens. Au milieu du XXe siècle, il y a un apport important de catholiques venant des Philippines et d’Amérique latine.

« Les catholiques des treize colonies se sont généralement engagés dans la guerre d’indépendance, de plus la Virginie et le Maryland ont abrogé leurs lois anticatholiques en remerciement au royaume de France qui vient de fournir deux armées et deux flottes aux insurgés. La Déclaration des droits de Virginie de 1776, est ensuite un modèle pour certains états américains. Elle énonce que «le devoir que nous avons envers Notre Créateur, et la manière de le décharger, ne peut être dirigé que par les Raison & conviction, et donc tous les hommes doivent bénéficier de la plus grande tolérance dans l’exercice de la religion ». L’influence des jésuites est forte dans la catholicité américaine naissante.

L’essentiel des ressources des jésuites américains, dans la première partie du XIXe siècle, a pour source des plantations et fermes du Maryland, de Pennsylvanie et de la Louisiane récemment devenue américaine. Travaillent là évidemment des esclaves, pourtant Pie VII a condamné solennellement l’esclavage en 1814. Il interdit alors « à tous les ecclésiastiques ou laïques d'oser soutenir comme permis ce commerce des Noirs, sous quelque prétexte ou couleur que ce soit. » Les jésuites des USA conserveront du personnel servile jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1865.

La Compagnie de Jésus, au XXe siècle, porte des préoccupations démocratiques et sociales de l’Église au sein des USA et au niveau de la direction mondiale de l’Église. Ainsi le théologien jésuite John Courtney Murray influence certains contenus de Vatican II et en particulier celui de la Déclaration sur la liberté religieuse. Les jésuites créent de nombreuses universités, comme à Les jésuites créeront alors des universités puissantes et riches de leurs prises de conscience, telles Georgetown, Washington D.C., ou Santa Clara en Californie.

Dans les années 1930, les jésuites américains militent en faveur de logements pour les pauvres, un salaire minimum garanti, une assurance sociale, rejoignant par là les préoccupations du New Deal. Le jésuite John LaFarge est le rédacteur en chef de 1944 à 1948 la revue America en 1926 à laquelle il collabore depuis 1926. Il porte un combat contre tous les racismes et pour les droits civiques des Noirs américains. Par ailleurs il dénonce le communisme, le nazisme et l’antisémitisme.

Le jésuite Daniel Berrigan, aumônier à l’Université Cornell, devient un personnage emblématique de la désobéissance civile et de la contestation contre la guerre du Vietnam. Gerald Chojnacki comme Thomas J. Reese se disent compréhensifs sur les questions de l’avortement et du mariage homosexuel. Le père Arrupe, supérieur général de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1983 encourage les jésuites américains ainsi : « Les sanglantes manifestations raciales […] nous avertissent tragiquement du danger qui pèse sur ce pays, à moins que des mesures effectives ne soient prises, rapidement et sincèrement, pour supprimer l’injustice sociale et la pauvreté criante. […] Trop de jésuites sont coupés du mode de vie des pauvres, et donc de la plupart des Noirs. […] On n’a pas assez compris que la Compagnie, étant au service de toute l’humanité, est spécialement au service des pauvres du Christ !(page 272). Relevons que le Service jésuite des réfugiés est fondée en 1980 par celui-ci.

« La Compagnie va devenir, tout comme les États-Unis eux-mêmes au XXe siècle, le fer de lance d’une modernité politique dont elle inspirera l’inclusion, par le concile Vatican II, à travers la liberté de conscience, la reconnaissance des droits de la personne et la préférence démocratique en adéquation avec les grandes valeurs communes du monde occidental contem porain. La dimension ecclésiale finalement extra-américaine de l’histoire des jésuites des États-Unis nous pousse à proposer cette hypothèse, qui a servi de fil directeur dans la rédaction de cette synthèse. Les jésuites américains ont été, par leur histoire collective, parmi les principaux acteurs des transformations de l’Église catholique à l’heure de sa globalisation » (page 26). Jean-Paul II combat certaines orientations prises par la Compagnie et essaie de contrôler sa direction.

« Les jésuites américains ont questionné largement la catholicité de leur Église, qui est devenue à la fois globale et relative, perdant sa centralité au profit d’un positionnement œcuménique assumé, puis d’un positionnement interreligieux transformé en axe majeur depuis le pape jésuite François. Ils ont marqué de leur empreinte l’identité catholique contemporaine, à la fois plus réactive à son contexte mais aussi plus fragmentée » (page 28).

Au niveau mondial, le nombre de jésuites diminue de moitié entre 1964 et 1984. Aujourd’hui, aux États-Unis, les jésuites sont environ 2 500 alors qu’ils étaient presque 8 500 au milieu des années 1960. L’ouvrage porte l’idée que les jésuites américains ont su porter tout au long du XXe siècle des idées qui ont permis à toute l’Église catholique de se façonner une image de modernité. Avec cette perspective il ne semble plus étonnant qu’un jésuite américain né à Chicago, à savoir Léon XIV en 1955, ait été élu en 2025.


 

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Benjamin

Note globale :

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