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Bretagne migrations et identités

Bretagne migrations et identités
Presses universitaires de Rennes379 pages
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Avis de Ernest : "Les vagues contemporaines de migrants dessinent un monde globalisé qui subvertit les États-nations, leurs divisions et leurs hiérarchies"

Dans l’introduction, il est rappelé que l’immigration bretonne démarre de façon significative en 1860. À cette date, le fort excédent naturel de la région fait que la Bretagne compte près de 20 habitants au km2 de plus que la moyenne dans l’hexagone. En Armorique, il y a à la fois un sous-emploi conséquent, des parcelles agricoles réduites, l’arrivée du chemin de fer, une demande de la main d’œuvre industrielle dans une partie importante de l’hexagone.

De 1880 à 1920, sur plus de 1 400 000 émigrants bretons, environ 55% sont allés dans d’autres régions de la métropole, moins de 40% se sont rendus aux USA et les autres vont soit en Argentine soit au Canada. Certains partent aux colonies, mais on ne nous fournit pas le nombre de ceux-ci. Une ville comme Saint-Denis compte un très grand nombre de gens avec des racines bretonnes à la Belle Époque et un nombre de Dyonisiens ont encore un lien avec la Bretagne de nos jours. Vers 2015, il y avait 3% d’habitants de la région Bretagne qui étaient nés dans un pays étranger.       

La première partie se nomme "Migrations ? Diasporas ?". On y trouve pour moitié des données générales sur les formes anciennes et actuelles de migrations, sans en oublier (il est par exemple dit un mot sur les retraités partant dans un pays leur assurant un meilleur niveau de vie). Se succèdent dans ce domaine les contributions "Un monde en migrations" de Catherine Wihtol de Wenden, "Diasporas, un concept pour les sciences sociales ?" de Chantal Bordes-Benayoun, "Les migrants dans la mondialisation" par Yvon Le Bot.

Une autre moitié de cette section est consacré à l’évocation de cas spécifique des migrations. Christine Chivallon  parle de "Diaspora et mémoire : à propos de l’application de certaines notions au monde noir des Amériques", alors que Éamon Ó Ciosáin propose un texte nommé "Quand l’Irlande devint une terre d’émigration : réflexions sur le xviie siècle et la typologie des migrations irlandaises", et qu’enfin Fernando Raùl Coronato évoque "Les Gallois et les Patagons : histoire d’une entente". 

La deuxième partie s’attache à étudier divers aspects de l’ émigration bretonne. Philippe Jarnoux ouvre le feu avec "Réalités migratoires et sociétés préindustrielles. La Bretagne dans les circulations des individus et des populations (vers 1450-vers 1850)", Roger Toinard poursuit avec "L’émigration dans les Côtes-d’Armor de la Révolution à nos jours", Cédric Choplin se penche sur le traitement de l’immigration bretonne dans Feiz ha Breiz un hebdomadaire catholique et monarchiste publié en breton entre 1865 et 1884, Marcel Le Moal quant à lui s’intéresse à la communauté bretonne vivant au Havre (ville de province comptant la plus grande proportion de Bretons) depuis la création du port jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Pôleth M. Wadbled étudie la migration bretonne en Aquitaine, Patrick Prado de son côté montre comment l’évolution de l’agriculture en Bretagne entraîne une émigration et Guy Barbichon d’un autre parle des Bretons résidant ou travaillant à Paris, Thierry Compain présente le contenu de son film cocumentaire le film que j’ai réalisé, Nous n’étions pas des Bécassines, ce dernier traitant de l’émigration de jeunes bretonnes vers la capitale pour devenir bonnes, dans les années 1950, Nathalie Caradec choisit de réfléchir sur les idées portées par la pièce, publiée en 1986 aux éditions Actes Sud-Papier, de l’auteur et dramaturge François-LouisTilly, Les Trompettes de la mort, évoquant la vie d’une femme, Annick Nédélec, âgée d’une quarantaine d’années, travaillant à Paris comme secrétaire, Annick Madec donne un texte intitulé Revenir vieillir au pays" alors que Simon Le Bayon observe la diaspora bretonne à travers son expression sur le web.

La troisième partie se nomme "Migrant.e.s en Bretagne". On découvre ici successivement les textes : "Histoire de l’immigration en Bretagne" d’Angélina Etiemble et Anne Morillon, "Les Juifs en Bretagne, des traces médiévales à la France de Vichy" par Claude Toczé, "Panorama de l’identité juive à Rennes, en Bretagne" avec Ida Simon-Barouh, "Le rejet des gens du voyage en France : traitement institutionnel et vécu" de Christophe Robert et Stéphanie Robert, "De la « France romantique » à l’image de Brest : représentations chinoises" selon Chang Liu, "Les migrants britanniques en Bretagne intérieure : représentations de l’espace social et stratégies interactionnelles" par Aude Etrillard.

La conclusion de l’ouvrage appartient à Ronan Le Coadic et Aurélie Épron. On en retiendra particulièrement ceci : « Historiquement, sauf au Canada où ils ont été encadrés par le clergé, les Bretons ont migré malgré l’avis de leurs prêtres, qui craignaient de les voir sombrer dans l’alcoolisme, la dépravation et l’athéisme » également « Les stratégies identitaires des migrants sont en effet – cela va de soi – étroitement liées au type d’accueil qui leur est réservé. Roger Toinard en distingue trois : le repli sur soi individuel, l’entre soi collectif et l’acculturation », mais aussi « La migration est à la fois un déchirement et une émancipation : les migrants sont écartelés entre deux univers symboliques : celui de leur société de départ et celui de leur société d’arrivée. On peut distinguer, à cet égard, quatre types identitaires chez les Bretons de Paris : le " paysan de Paris ", le " bipolaire déchiré "», l’" urbain résigné " et l’" urbain convaincu ". Et quand ces Bretons émigrés choisissent de revenir vieillir au pays, le temps qu’ils ont passé en migration constitue pour eux un capital dans les hiérarchies et les clivages sociaux locaux ; en revanche, dès qu’une tension surgit, la migration devient une disqualification ».

 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

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