Avis de Octave : "L’abri suisse des débris d’une armée française"
Voici mis en scène un épisode mal connu de la Guerre de 1870. Le récit démarre avec une vignette assez grande présentant la bataille d’Héricourt (au nord de Montbéliard) des 15 au 17 janvier 1871 opposant l’armée française du général Bourbaki à l’armée prussienne. Rappelons qu’il y a eu une autre bataille d’Héricourt, cette dernière du 13 novembre 1474 mit face à face les troupes de Jacques de Savoie, comte de Romont, au service de Charles le Téméraire et les soldats des cantons suisses.
Après sa défaite, l’Armée de l’Est exclue de l’armistice signé le 28 janvier, mais protégée par la garnison du Fort de Joux, est à Pontarlier (où le musée local raconte sa mésaventure). Après la tentative de suicide du général Bourbaki, c’est le général Justin Clinchant qui dirige l’Armes de l’Est. Notons que le général Bourbaki, gouverneur militaire de Lyon de juillet 1871 à février 1879, est en 1877 un acteur du projet de prise du pouvoir par les militaires pour réinstaurer la monarchie en France.
Le général Justin Clinchant négocie le 1er février 1871, avec le général suisse Hanz Herzog, la convention des Verrières qui permet à près de 88 000 soldats français d’entrer désarmés sur le territoire helvétique. Ils seront internés, avec certaines libertés, dans près de 190 communes de tous les cantons suisses (à l’exception du Tessin). Leur rapatriement se fera à la mi-mars, après que le 26 février aient été signés les préliminaires d’une paix qui déboucheront sur la signature du Traité de Francfort le 10 mai 1871. Les frais de leur entretien furent réglés par la France à la Suisse quelques mois plus tard.
On a là affaire à une fiction mettant en scène pour les personnages principaux les Suisses Flora Matthey et son père Célestin Matthey (prenant en charge les internés) ainsi que les frères Eugène et Jules Bellanger originaires de Montluçon dans l’Allier.
Outre les trois généraux cités, les personnages historiques présents sont côté français Jules Favre ministre alors des Affaires étrangères, le lieutenant-colonel Cheval, le général Séré de Rivières, et le chirurgien Armand Sabatier (protestant originaire de l’Hérault préciserons-nous de notre propre chef). Les Allemands ne sont là que par le chancelier Otto von Bismarck. On découvre les Suisses suivants : le médecin militaire Henri de Montmollin se mettant au service de la Croix-Rouge, Jakob Dubs président de la Croix-Rouge suisse, Jérôme-Louis Martin et Louis Lambert engagés dans les actions de la Croix-Rouge des Verrières.
Le contenu rapporte l’information que la neutralité perpétuelle de la Suisse fait l'objet d'une déclaration des puissances européennes le 20 mars 1815 au congrès de Vienne, En effet la paix perpétuelle de 1515 ne concerne que la France et la Confédération helvétique.
Ajoutons personnellement que des soldats français furent également internés en Suisse en 1940. Ils furent au nombre de 29 000 et on compta également 12 000 Polonais combattants sur le sol français. Les Français sont rapatriés à partir de janvier 1941, après la signature d’un protocole établi entre Berlin et Vichy tandis que les Polonais restent dans des camps jusqu’en 1945.
Pour cet ouvrage, une petite vingtaine de pages compose un dossier documentaire très illustré. Outre de retracer les faits évoqués dans la bande dessinée, il s’agit d’évoquer des actions de la Croix-Rouge suisse à travers le temps. Des précisions sont également apportées sur l'oeuvre du peintre Edouard Castres, présente encore de nos jours à Lucerne. Il s'agit du Panorama Bourbaki, long de 112 métres et haut de 14,5 métres. Ce livre connaît déjà une édition en français et une en allemand, elle en aura aussi une en anglais
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