Avis de François S.F. : "10 témoins de la Geste johannique"
Autrice de ces deux ouvrages devenus incontournables dans toute bibliographie liée à la guerre de Cent Ans et à l'histoire de Jeanne d'Arc, que sont "Le bourbier d'Azincourt" et une splendide biographie de la Pucelle, Valérie Toureille nous livre ici le portrait de dix des gens qui furent les compagnons d'armes et les témoins de la trajectoire météorique de la jeune femme dans l'histoire de France, à un moment où cette histoire aurait pu basculer. Cependant, ce livre n'est pas que cela. Il ne se contente pas de retracer la carrière militaire et le parcours de ces hommes d'armes et leur évolution dans l'entourage du Dauphin devenu Charles VII en juillet 1429, il dresse aussi un tableau de groupe, tout en faisant connaître chacun pour ce qu'il fut et ce qu'il fit à la lumière de ce que nous savons précisément aujourd'hui. Il ne faudrait pas croire que les membres de ce groupe réuni par les lois du hasard autant que par les nécessités du conflit constituèrent une confrérie soudée autour de l'héroïne comme on avait un peu trop tendance à présenter les choses à une certaine époque : Valérie Toureille prend bien soin de retracer l'itinéraire et de mettre en évidence l'originalité de chacun, et de nous dire le pourquoi de leur présence commune ou pas durant les différentes phases des campagnes auxquelles Jeanne et ses "compagnons" eurent la chance de participer, selon le bon vouloir du Dauphin puis du roi. Rien ne prédestinait ces hommes de guerre à se trouver aux côtés de Jeanne, alors que tout aurait dû l'éloigner d'eux celle-ci, aussi bien comme femme, comme simple roturière et comme prophétesse. Et pourtant, et c'est là que l'étonnant se produisit : les barrières sociales à l'époque n'étaient pas aussi étanches qu'elles peuvent l'être de nos jours ; Jeanne put ainsi nouer de véritables liens - on pourrait parler de liens d'amitié - avec quelques-uns des dix personnages qui ont été retenus par Valérie Toureille pour constituer sa galerie des "compagnons" de Jeanne. On songe principalement à ce "beau" ou à ce "gentil" duc, celui d'Alençon, prince des "fleurs de lys", dont l'aïeul, Charles de France, comte de Valois, avait été le fils du roi de France capétien Philippe le Hardi, et, à l'autre bout du spectre, on peut tout autant s'étonner de la proximité qui put exister entre Jeanne et ce fruste et vulgaire aventurier gascon, faiseur de grossiers jurons, connu sous le nom d'Étienne de Vignoles, dit La Hire, et qui n'en fut pas moins un excellent guerrier, à mi-chemin du combattant le plus valeureux et du mercenaire le moins recommandable. Outre les deux personnages déjà nommés, Valérie Toureille a d'abord fixé son attention sur le capitaine de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, lié tout autant au Dauphin comme son complice Robert de Sarrebrück, qu'il pouvait l'être comme chambellan du duc de Bar à la famille de ce dernier. Il éconduisit Jeanne à sa première visite, mais quand le "chevaucheur" du roi, Colet de Vienne, messager du Dauphin, vint le trouver avec mission d'escorter la jeune fille jusqu'à Chinon, il finit bien par céder, et donna à Jeanne un cheval et une épée, après s'être assuré par l'exorcisme pratiqué sur elle par un ecclésiastique qu'elle était bien "fille de Dieu". Il la "flanqua" de deux de ses hommes liges mais ne l'accompagna pas lui-même, retenu qu'il était par le fait qu'il avait à défendre son territoire face à l'ennemi bourguignon, allié des Anglais depuis le traité signé par les deux parties à Troyes en 1420, et parce que les compagnies envoyées par le Duc de Bourgogne Philippe le Bon menaçaient la place de Vaucouleurs dont il avait la charge. S'il est un autre des compagnons de Jeanne dont on ne peut manquer de parler, c'est de Raoul de Gaucourt, et Valérie Toureille lui consacre justement de très belles pages.
coup de coeur !
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François S.F.
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dimanche 12 avril 2026