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Le Mont-Saint-Michel dans la guerre de Cent Ans. Abbaye, ville et forteresse

Le Mont-Saint-Michel dans la guerre de Cent Ans. Abbaye, ville et forteresse
Presses Universitaires de Rennes 296 pages
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Avis de François S.F. : "Saint-Michel remplace Montjoie Saint-Denis"

Les ouvrages historiques viennent se compléter les uns les autres avec le temps. On se souvient de "Naissance de la nation France" de Colette Beaune, livre dans lequel l'autrice insistait sur la charge symbolique acquise par le lieu sacré et emblématique du Mont-Saint-Michel avec la résistance opposée aux Anglais par le sire d'Estouteville et les défenseurs de la place pendant la guerre de Cent Ans, au point que l'on ne jurait plus alors que par le nom du saint Archange, comme le fit Jeanne d'Arc et comme le firent aussi tous les hommes d'armes à la solde des Valois, dont le cri de guerre ne fut plus dorénavant "Montjoie et Saint-Denis" mais bien tout simplement "Par Saint Michel" !
On a également en mémoire le livre très marquant de Valérie Toureille intitulé : "Le Drame d'Azincourt" et dans lequel l'autrice a mis en valeur les faits de résistance passive et active des Normands après la défaite d'Azincourt et la conquête du duché de Normandie par Henry V de Lancastre, roi d'Angleterre intéressé aussi par la couronne de France.
Et voici l'excellent livre de David Fiasson publié par les Presses Universitaires de Rennes (P.U.R.) et intitulé : "Le Mont-Saint-Michel dans la guerre de Cent Ans. Abbaye, ville et forteresse". L'auteur s'était déjà fait connaître avec : "Crécy, 1346 : la bataille des cinq rois", titre paru en novembre 2022 chez Perrin.
Il faut rappeler que le lieu même du Mont était dès la conquête de l'Angleterre par les Normands le centre d'une puissance foncière et patrimoniale dont les revenus étaient importants, que l'abbaye rassemblait des moines d'origine continentale mais aussi insulaire avec l'admission de nombreux religieux venus d'Angleterre. Pour les chrétiens, il était aussi - et l'on peut dire d'abord et avant tout - le but d'un pèlerinage qui était devenu presque aussi célèbre que celui de Saint-Jacques de Compostelle. Mais la Normandie avait été reprise par le roi de France Philippe II dit Auguste et un peu plus d'un siècle plus tard, en 1324, l'île avait été dotée d'un effectif de garnisaires qui, de quelques unités, passa à 168 hommes d'armes et 137 archers le 7 mai 1424. Le duché de Normandie allait faire l'objet de nouveau de la rivalité entre les royaumes de France et d'Angleterre à la faveur de la guerre de Cent Ans, et, du coup, le Mont devint lui-même l'objet de l'attention des uns et des autres, et le parti français fit tout pour le conserver contre vents et marées et en fit "le maillon d'une chaîne côtière", comme l'explique très justement David Fiasson. Le site résista héroïquement et principalement par deux fois aux entreprises des Anglais pour s'en emparer : une première fois en 1424-1425 et une seconde fois en 1434, cela bien que les Anglais eussent pris pied sur l'île voisine de Tombelaine, qu'il auraient pu réaliser un blocus complet du Mont, et que le père-abbé de l'abbaye, Robert Jolivet, qui devait mourir en 1444, avait fait allégeance aux rois d'Angleterre Henry V et Henry VI et au régent Bedford - fidélité constante dont tient compte David Fiasson qui refuse de le qualifier de "traître" ou de "Français failli", et qui plut à Bedford, régent anglais en France, qui fit de Jolivet son chancelier et son garde des sceaux dès 1423. Cependant, du point de vue des gens qui donnaient encore leur foi aux Valois, ce n'était pas glorieux et c'était contraire à l'esprit de résistance qui avait animé son prédécesseur Pierre Le Roy (1350-1410). Jolivet avait quitté le Mont en 1420, et plusieurs capitaines avaient pris la direction des affaires au nom du Dauphin, notre futur Charles VII. Parmi ces capitaines, on peut citer Jean d'Orléans, qui devait devenir compagnon de Jeanne d'Arc et être fait comte de Dunois et qui était le demi-frère Bâtard du duc Charles d'Orléans fait prisonnier à Azincourt en 1415. Il faut toutefois préciser que l'on n'est pas très sûr que le Bâtard ait manifesté physiquement sa présence sur le Mont, et ce n'est pas lui mais celui qui le remplaça le 2 septembre1425, Louis d'Estouteville qui allait renforcer les remparts de l'île et qui devait s'illustrer lors des assauts et blocus entrepris par les Anglais. David Fiasson développe assez largement tous ces aspects et fait aussi sa part aux moyens de subsistance nécessaires à la garnison du Mont et à la manière de se les procurer.
Comme la place fut la seule à tenir face aux Anglais, qui avaient mis la main sur le duché de Normandie et entretenaient de nombreuses forteresses et ports Bretons, l'île devint aussi le point de départ d'expéditions de corsaires dans la Manche et d'opérations terrestres de rapine ou de commando vers les possessions continentales tenues par l'ennemi. On peut dire que le Mont fut du fait de sa résistance et de la capacité des hommes d'armes français à harceler les Anglais depuis ce point un véritable bastion utile aux Valois en vue de la reprise de la Normandie arrachée aux "occupants" ou "envahisseurs" venus d'outre-Manche. Sa tranquillité, l'île ne la retrouva qu'avec la fin des opérations guerrières entreprises par les Anglais. Il était donc très utile de revenir une fois de plus mais autrement, on pourrait d'ailleurs dire sur un plan presque exclusivement militaire, sur le sujet, même si l'auteur étend son analyse bien au-delà de ces questions purement polémographiques.

François Sarindar, auteur de : Charles V le Sage ou les limites d'un grand règne (2023) et Jeanne d'Arc, une mission inachevée (2015).

coup de coeur !

Pour connaisseurs Plan chronologique

Note globale :

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