Avis de Jean-Pierre : "Une personnalité pleine d’ambitions et de contradictions"
Chloé Dubreuil, avec Infamia, propose là un roman historique porté par les mémoires apocryphes de Gilles de Rais. Ce personnage est à la fois connu comme un compagnon d’armes de Jeanne d’Arc (ses succès militaires en firent un maréchal de France) et pour son jugement comme tueur d’adolescent qui le fit un modèle pour la légende de Barbe Bleue. Le récit évoque successivement son prestige initial, son usage de l’alchimie et son rapport aux démons ainsi que l’horreur de ses crimes.
La piété et l’influence de l’Église sont bien approchées. La grande erreur de Gilles de Rais fut de pénétrer à cheval, lors de la veille de la Pentecôte de l’année 1440, dans l’église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte ; ceci constituait un sacrilège et cela amena la vigoureuse réaction Jean de Malestroit, à la fois évêque de Nantes et chancelier du duc de Bretagne.
Le récit permet de parcourir les terres de Gilles de Rais à savoir en particulier Machecoul, Tiffauges, Champtocé. Ce dernier lieu, ici orthographié Chantocé, est le lieu de naissance de notre personnage. En effet Gilles de Rais est un seigneur à la fois breton, angevin et poitevin. Notons que les ruines du château de Tiffauges sont devenues un site patrimonial appartenant au Conseil départemental de Vendée. On apprécie l’existence d’un glossaire de huit pages permettant se familiariser avec une cinquantaine de mots en usage à la fin de l’époque médiévale.
Chloé Dubreuil livre là un récit qui, bien que raconté par Gilles de Rais, ne cache pas certains faits. Ainsi peut-on lire comme pensée de ce dernier : « Pour jouir, il me fallait du sans. Le sang était la clé de ma jouissance. Je ne pouvais vivre sans son odeur de métal cru, sans ses giclées et ruissellements » (page 327).
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