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Lettre à mon petit-fils sur l'islam aujourd'hui

Lettre à mon petit-fils sur l'islam aujourd'hui
Odile Jacob224 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Certes, par Allah, j'ai ordonné, exhorté et j'ai interdit autant de choses que celles qui se trouvent dans le Coran ou plus que cela ! (hadith)"

Faouzia Farida Charfi a enseigné la physique à l’Université de Tunis. Elle est opposante, avec son mari Mohamed Charfi à la tête de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, sous la présidence de Habib Bourguiba, Elle a été brièvement secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur dans le gouvernement provisoire constitué après la Révolution du 14 janvier 2011.

Le corps de l’ouvrage est composé des chapitres suivants:

Questions autour de la liberté de penser et de l’intolérance

Questions autour de la laïcité et des droits des femmes

Questions autour de l’identité et de l’altérité

Questions sociétales

La science en question

Dans l’introduction, on notera cette phrase: « Pourquoi s’empêcher de penser que la laïcité, mode d’organisation sociopolitique et non substitut à la religion, est possible en terres d’islam ? ». Elle donne d’ailleurs à cet ouvrage l’objectif d’éviter que les jeunes Maghrébins se détournent de l’islam de la majorité des prédicateurs actuels pour leur faire découvrir des penseurs de culture musulmane qui entendaient prôner la tolérance et un regard critique sur les textes sacrés.


 

Le premier chapitre ouvre sur la place des interdits dans les religions. Elle rappelle ensuite que la grande période où on osa entreprendre la critique des dogmes islamiques s’est produite entre le IXe et le XIe siècle. Elle rappelle que déjà, dans le seconde moitié de la présidence de Habib Bourghiba, le poids de l’islamisme se faisait sentir dans la société et en particulier dans l’enseignement. L’auteure rappelle pourquoi le contenu des hadiths est à prendre avec une grande précaution. C’est la sharî'a, définissant un contenu prescriptif et fruit d’interprétations des textes sacrés, qui donne un socle à ces interdits.

En quête d’identité et de religiosité, les jeunes Tunisiens en particulier obéissent ou se créent une foule d’interdits, cautionnés par une référence plus ou moins imaginaire à l’islam. Des prédicateurs, jouant à l’imam, sur YouTube, Facebook, Instagram et sur l’application mobile de partage TikTok, aux interprétations hasardeuses des préceptes de l’islam, tente d’imposer leur interprétation rigoriste de la religion.

Dans les trois pays maghrébins, des voix (souvent portées par de jeunes gens) s’élèvent contre tous ces interdits et contre l’obligation de se dire musulmans, toutefois le système judiciaire les fait rapidement taire. Faouzia Farida Charfi invite à se tourner vers les penseurs du IXe au XIe siècle de l’univers culturel arabo-musulman situé de la Syrie à l’Iran. Nombre d’entre eux ont exercé un regard critique sur les dogmes religieux et les bases de la société dans laquelle étaient plongés le vaste espace géographique se disant musulman.

L’auteure rapporte l’usage contemporain des fatwas, s’attardant en particulier sur celle qui frappe Salman Rushdie depuis 1989 et présentant d’autres personnages également victimes de fatwa ou de condamnations judiciaires. Elle termine ce premier chapitre en évoquant l’assassinat de Samuel Paty.

Des chapitres suivants, du second au cinquième, nous avons tiré à chaque fois deux citations que nous jugeons significative :

« Les islamistes sont évidemment hostiles à l’État laïc, qui signifie la remise en question de leur objectif, c’est-à dire un État gouverné par la norme religieuse et un droit dont la source principale est la charia, la loi islamique ».

« J’ai rappelé comment Tahar Haddad avait bousculé les interprétations du texte coranique sur les questions liées à la situation des femmes et le port du voile. Pour lui, il était nécessaire de faire évoluer le droit vers une égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et que l’on mette fin à l’obligation du port du voile. Vous serez sûrement surpris de découvrir comment il parle du voile dans son ouvrage sur la législation islamique et les femmes. Pour lui, l’usage du voile est "imposé à la femme dans le dessein d’éloigner la tentation" et "fait penser à l’usage de la muselière que l’on impose au chien afin qu’il ne morde pas les passants". Il ajoutait: " L’usage [du voile] rappelle dans certains cas le masque qu’utilisent les malfaiteurs. Quelle utilité peut-il avoir aujourd’hui ?"».

« Aujourd’hui, pour beaucoup, le musulman a chassé l’arabe, l’Umma l’emporte sur la nation. Le mot d’ordre  "islam, patrie et nationalité" a gagné beaucoup de musulmans, qu’ils soient en pays d’islam où ailleurs dans le monde, et je vous montrerai en quoi il est dangereux ».

« J’ai déjà dénoncé les islamistes pour leur rejet des juifs, théorisé par le principal penseur des Frères musulmans, l’Égyptien Sayyid Qutb. Dans son ouvrage Des repères sur la route, il développe qu’il faut mener un combat total contre tout ce qui n’est pas islam, qu’il s’agisse des chrétiens, des juifs, des athées et des polythéistes, et il s’attaque à tout courant de pensée autonome avec la terrible conclusion qui suit : "Le mythe de la culture patrimoine de l’humanité qui n’a ni patrie, ni race, ni religion n’est juste que pour les sciences exactes et leurs applications scientifiques sans qu’on puisse dépasser ce domaine pour atteindre les explications philosophiques de la nature de l’être humain, de ses activités, de son histoire, ni La littérature, l’art et toutes les expressions poétiques. Ce sont certains des pièges de la juiverie mondiale" ».

« Il s’agit de la traite des esclaves qui a été pratiquée à grande échelle pendant des siècles par les pays d’islam, de la Mauritanie au sultanat d’Oman en passant par le Maghreb, l’Égypte, le Soudan. Cette traite, que certains appellent la " traite orientale", distincte de la traite occidentale, qui déportait les esclaves vers le continent américain, s’est traduite par un nombre considérable d’Africains résidant au sud du Sahara qui furent réduits en esclavage. Cette traite dura longtemps, très longtemps, treize siècles : du VIIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle ».

« La législation tunisienne punit l’homosexualité pratiquée entre adultes consentants de trois ans d’emprisonnement sur la base de l’article 230 de son Code pénal. Cet article, inscrit dans les sections et sous-sections qui traitent des attentats aux mœurs et de l’attentat à la pudeur et n’a pas été modifié depuis la promulgation du Code le 9 juillet 1913, à l’époque coloniale. L’esprit du Code pénal est resté le même, malgré quelques amendements : il est basé sur la nécessité du maintien de l’ordre public assuré par des lois répressives et sans aucune référence à la protection des droits humains ».

« Les savants des pays d’islam ne se sont pas contentés d’être les simples dépositaires de l’héritage scientifique antique. Ils l’ont enrichi, transformé, critiqué. Les travaux résultant de cette réactivation et les avancées scientifiques ainsi obtenues ont poursuivi leur chemin. Ils ont été traduits en latin en Europe de l’Ouest jusqu’au XVIIe siècle, contribuant ainsi à son enrichissement. Le centre de gravité de production de la science s’y est déplacé alors que, dans les pays d’islam, qui avaient été si féconds dans les sciences de la raison, les sciences traditionnelles l’emportèrent sur ces dernières à partir du XIe siècle. Il y eut une mise à distance de la science, une méfiance à l’égard d’une activité intellectuelle qui pouvait mettre en cause le statut intouchable de la vérité religieuse. La mise à distance, la méfiance ont retiré à la science la place de choix qu’elle avait eue dans les sociétés multiculturelles, avec le soutien des gouvernants de l’empire islamique dès le VIIIe siècle ».

« Ainsi, même lorsqu’on pense que la science peut prendre comme point de départ des données du sens commun, elle ne se contente pas d’exprimer dans le langage savant ce que dit le sens commun: elle le transpose. Lorsque Aristote fait la distinction entre mouvements "naturels" et "violents", il s’inscrit dans une conception générale de la réalité physique et propose une théorie cohérente, pas nécessairement accessible au non-scientifique ».

Faouzia Farida Charfi propose également un lexique d’une quarantaine de termes, allant de Ahad (hadith rapporté à la base par une seule personne) à Zanadiqa ( hérétiques).

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

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