Avis de Xirong : "Passé, présent et avenir de Taiwan"
Dans l’introduction de l’ouvrage, Jean-Pierre Cabestan donne quelques informations d’ordre géographique et d’histoire longue sur l’île de Taiwan. On est là face à une île de 36 000 km2 située à 160 km du continent chinois. Elle a connu le repli en 1949 de l’armée de Chiang Kaï-shek (Jiang Jieshi), le grand rival de Mao Zedong. Ce dernier lui a imposé une dictature déjà sanglate avant sa propre arrivée sur l’île, au moment où le Japon la rétrocède à la Chine. Le fils de ce dernier, Chiang Ching-kuo, a maintenu la loi martiale quasiment jusqu’à sa mort en 1988.
L’île de Taiwan a un relief très accidenté en son centre, avec un point culminant à 4 000 m. Actuellement elle compte 23 000 000 habitants. Son nom est resté République de Chine, même après 1971, année où la République populaire est entrée à l’ONU et a donc chassé Taiil sewan de cette organisation. Pour Chiang Kaï-shek (Jiang Jieshi), il était impensable de maintenir cet espace sous le nom de Taiwan, car il se considérait le représentant légal de la Chine. Pékin la considère comme une province rebelle et entend, dans son esprit, la réintégrer en son sein.
« La classe politique taiwanaise est divisée et même polarisée, entre d’une part un camp " bleu ", dominé par le Kuomintang (Guomindang), le Parti nationaliste (KMT, dont le drapeau est bleu), attaché au principe de la Chine unique (la RDC), entretenant des relations de parti à parti avec le PC chinois et promouvant une forme de détente avec la RPC, et d’autre part un camp " vert ", dirigé par le Parti démocrate progressiste (PDP dont le drapeau représentant l’île de Taiwan est vert) au pouvoir depuis 2016, initiale ment favorable à l’indépendance de Taiwan, aujourd’hui partisan du statu quo dans le détroit mais opposé à toute idée d’unification, même à long terme, et donc ostracisé par les autorités de Pékin » (page 12). Jean-Pierre Cabestan y a séjourné à différentes périodes depuis 1976.
Le premier chapitre se nomme " Une histoire singulière " et aborde (pour les nuancer plus ou moins) différents points ainsi formulés " Taiwan a toujours été chinoise ", " La colonisation japonaise a été bien accueillie " , " Chiang Kaï-shek a séparé Taiwan de la Chine ", " Taiwan est une démocratie " . Vient ensuite le second chapitre intitulé " Une économie high-tech " ; il composé de deux sous-partie " Taiwan a été l’un des Quatre Tigres d’Asie " et " Les semi-conducteurs sont la force de l’économie taiwanaise " .
Le toisième chapitre a pour titre " Une société sinophone et progressiste ". Ses sous-parties sont : " Les Taiwanais sont des Chinois " , " Le nationalisme taiwanais est puissant " , " La société taiwanaise est à la fois asiatique et occidentalisée " , " Le fait religieux à Taiwan ", " Le Musée national du Palais et autres musées et lieux d’exposition de Taiwan" , " La littérature et le cinéma taiwanais rayonnent dans le monde " .
Le quatrième chapitre porte le nom d’ " Une vie politique polarisée et une situation géopolitique fragile ". On trouve là les thèmes suivants : " La politique taiwanaise est polarisée autour des partis bleu et vert ", " Taiwan est sous le parapluie américain ", " La Chine met tout en œuvre pour la réunification ", " La guerre avec la Chine n’aura pas lieu ".
Pour le premier chapitre, on ne sera guère étonné que comme à son habitude pour d’autres territoires à ses marges, l’administration impériale ait distingué deux catégories dans la population d’origine de l’île: « les aborigènes des plaines (pingpuzu), alors officiellement appelés " sauvages cuits " (shoufan), soumis à l’impôt et culturellement en partie assimilés, et les aborigènes des montagnes (gaoshanzu), les " sauvages crus " (shengfan), qui restèrent jusqu’en 1895, [année de l’occupation de Taiwan pour le Japon], hors de portée de la bureaucratie impériale ( page 19). Notre auteur poursuit en ajoitant que : «aujourd’hui les peuples autochtones de Taiwan (yuanzhu min) ne constituent que 2,5 % de la population de l’île (environ 600 000 personnes) » (page 19). Il est rappelé que les premiers Européens à mettre les pieds sur l’île furent des Portugais qui l’appelèrent Formose en 1542. Au siècle suivant quelques bandes côtières furent occupés pendant quarante ans par les Portugais. En fait, ce n’est qu’en 1732, sous le règne de Yongzheng, que l’île fut pour la première fois démantelé soumise à un pouvoir impérial, en l’occurence celui de la dynastie mandchoue.
En 1947, le régime nationaliste réprima un mouvement de protestation de la population chinoise l’île face à la corruption des autorités et ceci fut traduit par la mort d’au moins 20 000 Taiwanais. Les communistes ne parvinrent pas à débarquer sur l’île, après leur prise du pouvoir sur le continent, la marine aqméricaine les dissuada de toute initiatuve en ce sens.
La dimension économique n’est pas négligée par Jean-Pierre Cabestan. Ce dernier évoque d’abord l’époque (des années 1960 à 1980) où l’île était un des "quatre petits dragons" aux côtés de la Corée du Sud, Hong Kong et Singapour, mais l’auteur préfère employer l’expression synonyme "quatre tigres d’Asie". Taiwan s’efforce depuis 2018 de réduire sa dépendance pour les importations qui lui permettent d’être dans le pôle innovant de la haute technologie. On retiendra d’ailleurs ceci : « En 2024, en raison de la montée des menaces extérieures et sous l’influence du conflit russo-ukrainien, celle-ci s’est renforcée conduisant à l’établissement de cinq secteurs industriels dignes de confiance (wuda xinlai chanye tuidong fang’an, five trusted industry sectors) : les semi-conducteurs, l’IA, l’industrie militaire, la sécurité et la surveillance ainsi que les moyens de communication de la prochaine génération. Ce faisant, Taiwan est devenu un important producteur de drones civils et militaires » (page 90).
Dans le troisième chapitre intitulé "Une société sinophone et progressiste", on perçoit combien la société taïwanaise s’est occidentalisé en matière de menntalités et de droits (jusqu’aux années 1980 voire 1990, par exemple la belle-mère avait un gros poids décisionnel dans la vie de l’épouse et en cas de divorce les enfants étaient confiés au père). Ceci ne s’est pourtant pas fait sans le maintien d’une connaissance de la culture chinoise. Cette dernière porte par exemple dans le domaine du cinéma, Taiwan a su maintenir sa renommée grâce à la spécificité documentaire de ses fictions. La littérature taiwanaise rayonne également dans l’univers des pays occidentaux.
"Une vie politique polarisée et une situation géopolitique fragile" est le titre du dernier chapitre. On expose là le problème des relations de Taiwan avec le gouvernement de Pékin. On sait que ce dernier consière l’île come une province rebelle et désire la réunifier à ce qu’il appelle la mère-patrie. Taiwan doit donc se préparer à une invasion possible. Une partie de la maffia taiwanaise est liée aux communistes chinois et si les forces de Pékin parviennent à mettre les pieds sur l’île (ce qui ne sera pas aisé vu les condtions géographiques et climatiques) les forces taiwanaises ne pourront résiter sans une aide extérieure.
Pour connaisseurs Peu d'illustrations