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Nouvelle histoire de l’Indochine française

Nouvelle histoire de l’Indochine française
Perrin445 pages
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Avis de Xirong : "L’Empire annamite relevait de la civilisation chinoise ; Cambodge et Laos relevaient de la civilisation indienne"

Ce livre apporte un certain nombre d’informations qu’on ne retrouve pas dans des titres qui traitent de l’ensemble ou d’une partie de l’histoite de toute ou partie de l’Indochine française. Plusieurs citations donneront une idée de l’intérêt de l’ouvrage :


« Ce ne sont donc ni les milieux d’affaires, ni le grand commerce avec les Indes qui, sous l’Ancien Régime, poussèrent à un établissement fixe en Indochine, mais bien les Missions étrangères de Paris, essentiellement pour des raisons religieuses » (page 32).

 

« Pourquoi créer un point de relâche en Indochine ? Qui le souhaitait réellement ? Et quel type d’établissement ? À ces questions, plusieurs sortes de réponses ont été données. Elles tournent généralement autour de trois thèmes principaux : les ambitions économiques – créer de nouveaux marchés et trouver de nouvelles sources d’approvisionnement –, les ambitions stratégiques et politiques – être présent en Extrême-Orient et ne pas laisser à l’Angleterre le monopole des affaires asiatiques –, les ambitions religieuses – défendre les chrétientés existantes et favoriser leur expansion. Les ambitions économiques ont été particulièrement mises en avant dans l’historiographie marxiste de la seconde moitié du xxe siècle, et même encore au début du xxie. En 1955, un historien d’origine vietnamienne, Le Thanh Khoi, écrivait pour expliquer le début de la colonisation de l’Annam : « L’avènement du Second Empire en 1852 marque une reprise de l’expansion française. Ce “règne des affaires” assiste à l’essor du capitalisme et à l’accroissement rapide de la production industrielle qui exige de nouveaux débouchés » (page 27).
 

« Entre les deux séries d’opérations contre Tourane, en 1858 et 1859, c’était donc sur le Sud que l’amiral Rigault de Genouilly, changeant de stratégie, avait fait porter l’offensive franco-espagnole. D’un point de vue strictement naval, la décision résultait de considérations tout à fait pratiques. La rivière des Parfums ne pouvait être remontée sans petites canonnières utilisables en eaux peu profondes : atteindre la capitale impériale, Hué, supposait donc une expédition terrestre pour laquelle les moyens étaient insuffisants. En revanche, Saïgon, au débouché d’un large bras du Mékong, pouvait être atteinte par l’escadre. Toutefois, au-delà de ces raisons strictement militaires, la décision résultait également d’un calcul politique qui n’était pas sans fondement, mais était lourd de conséquences. En portant le conflit dans ce qu’on appelait alors la Basse-Cochinchine – et qui allait devenir, tout simplement, la Cochinchine française –, on coupait l’empire d’Annam d’une région qui lui fournissait une grande partie de ses ressources en riz. Par ailleurs, on mettait la main sur le point névralgique du dispositif militaire annamite qui lui permettait de dominer toute la partie orientale du Cambodge. Basse-Cochinchine, ancienne possession de l’Empire khmer, et Cambodge de l’Est contrôlé par l’Annam, autrement dit la vallée inférieure du Mékong, ne faisaient qu’un sur le plan géographique et stratégique, et quasiment sur le plan politique, du fait de l’occupation annamite dans les provinces orientales du Cambodge » (page 47).

 

« " La civilisation européenne aura à lutter un jour contre la subversion de la race chinoise – 5 à 600 millions d’habitants. La France doit conserver un rôle de soldat de la civilisation. Dans le choc qui aura lieu, la civilisation latine dont la France est la tête doit préparer son terrain sous peine d’être écrasée et annihilée en Asie centrale entre la race anglo-saxonne et la race slave. Il faut donc que la France s’établisse au Tonkin, plus qu’elle l’est en Cochinchine, afin de mettre la main sur l’Annam, sur le royaume de Siam et sur la Birmanie et d’avoir ainsi barre sur les Indes ; et d’aider la civilisation européenne contre la race jaune. " On a déjà cité ce texte de Gambetta qui date de décembre 1882, juste avant sa mort, alors que la conquête du Tonkin et de l’Annam n’était pas encore réalisée. L’ambition annoncée était claire : il s’agissait de faire de l’Indochine – l’Indochine géographique entière – le centre du rayonnement de la France en Extrême-Orient " contre la subversion de la race chinoise ". Gambetta ne faisait là, d’ailleurs, que traduire en termes non équivoques ce qui était l’idée d’une grande partie de la gauche à l’époque et le début de ce qui sera bientôt appelé le " péril jaune ". Or, comment ne pas constater que ce fut ce " programme " qui, post mortem, allait être mis en œuvre par les divers gouvernements qui se succédèrent durant les vingt années qui suivirent la conquête du Tonkin et de l’Annam ?  » (page 115).

 

« L’Indochine telle qu’on la connaîtra durant un demi-siècle, jusqu’en 1954, fut l’oeuvre de Paul Doumer. Entre bien d’autres chantiers, on peut rappeler le développement des réseaux routiers et ferrés – le pont Doumer à Hanoï en était le symbole-, l’assainissement des finances publique, la réorganisation administrative, l’irrigation au Tonkin et l’assèchement de maris en Cochinchine, la création de grands services d’État – météorologique, géographique, géologique -, de grandes écoles – École de médecine, Institut scientifique de Hanoï, École française d’Extrême-Orient- » (page 144)

 

« Politique subversive du Komintern, expansionnisme du Japon, guerre en Chine, idéologie pan-thaï de la Thaïlande : l’Indochine française, dès les années 1930, était littéralement encerclée, me nacée de toutes parts et sur toutes les façades par des puissances qui ne songeait qu’à son démembrement voire à sa disparition » (page 263-264).

 

« Au moment où le monde s’enfonçait dans la Guerre froide, un conflit ouvert commençait en Indochine. Ce n’était plus seulement un conflit de décolonisation, mais aussi un des premiers affrontements entre l’Ouest et l’Est en Extrême-Orient, contemporain de la consolidation de la présence soviétique en Corée du Nord et de l’occupation progressive de la Mandchourie par les communistes chinois » (page 350).
 

« À compter du tout début de 1950, le conflit d’Indochine allait changer d’ampleur du fait de la jonction des troupes communistes chinoises avec celles du Viet Minh à la frontière tonkinoise. De plus, le 14 février 1950, la Chine populaire et l’URSS signèrent un traité qui n’était pas seulement d’amitié, mais aussi d’alliance défensive contre le Japon ou tout autre allié de ce dernier – c’est-à-dire les États-Unis. Forte de cette alliance, en octobre 1950 la Chine se porta au secours de la Corée du Nord en passe de perdre le conflit l’opposant au Sud et aux États-Unis, sous couvert de l’ONU. Durant près de trois années, jusqu’à l’armistice de Pan Mun Jom conclu en juillet 1953, le conflit indochinois allait faire écho, en Asie du Sud-Est, au conflit coréen en Asie du Nord-Est. Il était ainsi définitivement devenu un élément de l’endiguement du communisme asiatique par le bloc occidental. Toutefois, du point de vue américain comme du point de vue chinois, c’était bien évidemment le conflit coréen qui était le principal.Face à un conflit indochinois ayant pris une si grande ampleur, la France était presque totalement démunie. Elle l’était d’abord sur le plan matériel et financier. La tâche essentielle, cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, était évidemment la reconstruction nationale et non la lointaine Indochine. Le pays était entièrement dépendant de l’aide américaine : cela limitait sérieusement l’indépendance de sa politique indochinoise ».  (page 365)

 

« De plus, lors d’une récente réunion des chefs d’état-major des cinq puissances (France, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande et Usa) le 11 juin, ceux-ci s’étaient prononcés à l’unanimité en faveur de l’utilisation de la bombe atomique au cas où la Chine interviendrait ouvertement en Asie Sud-Est. Finalement, celle-ci se limita à intervenir par Viet-Minh interposé et dans la seule péninsule indochinoise, aucun de ces plans n’eut donc à être mis en oeuvre » (page 377).


« Bao Dai, en dépit de l’antipathie opposant les deux hommes, nomma le 16 juin à la tête du gouvernement Ngo Dinh Diem, personnalité nationaliste catholique fort connue, qui avait été son ministre en 1933. Ce fut donc le gouvernement de Ngo Dinh Diem qui, comme les États-Unis et avec leur appui, dénonça les accords de Genève – en particulier la séparation du Vietnam en deux zones opposées – et refusa de les signer.Ngo Dinh Diem mit rapidement en place à Saïgon un régime politique dans lequel sa famille tenait une grande place, qui s’appuyait en partie sur la minorité catholique, notamment les centaines de milliers de réfugiés catholiques qui avaient fui le régime communiste du Nord et étaient passés dans la zone sud après les accords de Genève. Cet État sud-vietnamien, profondément nationaliste, n’en fut pas moins contraint de s’appuyer massivement sur l’aide financière, économique et militaire des États-Unis » (page 396).

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Xirong

Note globale :

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