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Les Gauloises: Des femmes libres face aux violences de la colonisation romaine

Les Gauloises: Des femmes libres face aux violences de la colonisation romaine
Tallandier431 pages
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Avis de Adam Craponne : "Les Gauloises ont plus souffert que les Gaulois après la conquête romaine"

Le document présente un panorama de la société gauloise, en mettant particulièrement l'accent sur le rôle et la condition des femmes. Il décrit comment, dans la Gaule antique, les femmes occupaient des positions variées, parfois influentes, au sein de leur communauté. Certaines femmes gauloises étaient reconnues pour leur courage, leur sagesse ou leur implication dans la vie politique et religieuse. Le texte aborde également la manière dont l'image des femmes gauloises a évolué au fil du temps, notamment à travers la littérature, l'art et les représentations modernes. Enfin, il met en lumière les stéréotypes et les mythes qui entourent encore aujourd'hui la figure de la femme gauloise, tout en soulignant l'importance de revisiter l'histoire pour mieux comprendre la réalité de leur vécu.

On ouvre sur une carte visant à mettre en évidence les peuples de la Gaule celtique, de la Gaule Belgique, de l’Aquitaine et de la Narbonnaise à la période où Jules César se lance dans la conquête de la Gaule. Cependant, au cours du récit, on évoquera ponctuellement d’autres peuples comme ceux habitant la Bretagne et les Galates installés alors au centre de l'Anatolie.

Dans son introduction, l’auteur nous dit que « les femmes deviennent particulièrement visibles dans les données archéologiques, aux vie et ve siècles av. J.-C. Elles portent des parures impressionnantes, sont investies pour certaines de pouvoirs surnaturels ou commandent à leur peuple, et deviennent des ancêtres fondatrices de lignées. Elles ne retrouveront plus jamais, par la suite, une telle présence et une telle attention dans les tombes. (page 11) ». Cependant on dispose de très peu d’écrits approchant la condition féminine en Gaule avant ou après la culture romaine.

Au premier et second chapitre, Laurent Olivier s'intéresse au sort de Gauloises vivant au carrefour des actuelles Lorraine et Sarre. Quelques-unes ont de riches tombes car elles ont été enrichies par l’extraction du sel dans les ateliers de Marsal de la vallée de la Seille. À leur mort, on a tenu à rappeler, par les richesses enterrées dans leur tombe, qu’elles avaient appartenu à la classe dominante. « L’héritage de l’autorité sur la maison se transmet ainsi de la mère à la fille, de même que le savoir et le prestige. Dans ce type de société, que nous laissent entrevoir les pratiques funéraires du VIe au IVe siècle » (pages 57-58).  Dans leur lieu de sépulture, on trouve des cadavres de personnes qui ont tenu à les accompagner pour l’au-delà.

C’est par ailleurs toute la vie de la communauté de ces sauniers qui est reconstituée. Les niveaux de vie y étaient très inégaux. Grâce aux acquis de l’archéologie, il est aussi évoqué d’autres communautés de sauniers pour la période de Hallstadt. La division du travail est à la fois genrée et de nature sociale. Les pains sel dans le nord-est de la Gaule comme les haches en bronze (cassable aisément dans leur usage traditionnel) dans le nord-ouest de la Gaule servent de paléo-monnaie en particulier pour le IVe et le Ve siècle avant Jésus-Christ.

Le troisième chapitre s’intitule "Les princesses du soleil". Laurent Olivier nous amène au chantier de fouilles de Diarville en Meurthe-et-Moselle  et aux confins des Vosges. On y a découvert « une tombe à char, la sépulture manifestement intacte d’une de ces  "princesses celtiques" de la fin du vie siècle av. J.-C » (…) La poursuite de la fouille a montré que la tombe avait été placée au centre d’un grand tumulus, dont la base était délimitée par une palissade circulaire d’environ 40 m de diamètre. Sa chambre funéraire avait été assemblée en madriers, probablement de chêne, au centre du tumulus et orientée dans l’axe de la course du soleil. C’était une construction de dimensions assez modestes, de 2,65 m de longueur sur 2,25 m de large, construite au niveau du sol, et d’une hauteur d’au moins 1,5 m. Elle avait été fermée par un plafond, également en bois, puis la chambre funéraire avait été recouverte par les apports de terre constituant la masse du tertre funéraire, jusqu’à atteindre une hauteur qui a pu dépasser 3 m » (pages 72 et 74-75). Elle appartenait à une minorité de nantis  terriens que l’on pouvait assimiler à une petite aristocratie terrienne.  « À l’âge du Fer, à l’époque de Diasula, on y boit dans de la vaisselle de luxe fabriquée en Étrurie du Sud. À n’en pas douter, Sion est une place économique : on y a trouvé une de ces petites haches miniatures du VIe siècle av. J.-C. dont nous avons vu qu’elles servaient certainement de "paléo-monnaies" (page 78). L’auteur poursuit en donnant des informations autour des chars sacrés servant de tombe, une pratique qui s’étale sur près de mille ans dans certaines régions d’Europe centrale. Ces chars conduisaient vers le soleil où se situait l’au-delà. Un certain nombre de femmes sont devenues des prophétesses.

Le quatrième chapitre se nomme "Une reine celtique en Bourgogne". Il est consacré à la Dame de Vix, dont la tombe a été découverte en janvier 1953 par le cantonnier Maurice Moisson dans le village de Vix au nord de la Côte-d’Or. Le peuple gaulois des Lingons occupent la région.On est en présence d’une société matriarcale, enrichie par le passage du commerce de l’étain.

"Le monde d’après" est le titre du cinquième chapitre. Laurent Olivier commence par décrire une scène se déroulant en 1869 au village de Waldalgesheim situé en Rhénanie. Voici le début des découvertes sur ce site d’un laboureur : « À une profondeur d’environ 50 cm, alors qu’il retire les derniers blocs de calcaire, l’éclat pâle de l’or apparaît au fond du trou. Il y a là, incrustés dans le sol, un splendide collier à extrémités en forme de tampons recouverts de motifs embrouillés de méandres en relief, ainsi qu’un bracelet du même genre, et un bel anneau torsadé, tous trois en or fin. Un peu plus loin, sous la couche de pierres, se trouvent également une sorte de seau en bronze, à deux anses, avec une grande cruche en tôle de bronze, en partie écrasée, qui ressemble à un arrosoir. Son anse est en forme de tête de bonhomme barbu et moustachu, dont sortirait un long cylindre courbé se terminant par une étrange tête de bélier » (page 125). Une fois de plus on est en présence de qui fut un char funéraire. Est évoquée ensuite la dame de Reinheim, ce qui nous permet d’apprendre en particulier que  « dans l’Antiquité, certains de ces miroirs étaient utilisés en effet pour ce que l’on appelle la catoptromancie, ou divination par les miroirs » (page 132).

Le chapitre suivant est "Sextameta et les siens". La première découverte est liée aux travaux entrepris à la fin du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, de la place stratégique de Marsal (aujourd’hui dans le département de la Moselle). Son contenu avait été totalement négligé alors. « Aux hommes comme aux femmes, on avait donc fait porter des charges lourdes pendant la plus grande partie de leur existence. De quoi pouvait-il s’agir ? Pour les hommes, sans doute de bûches de bois qu’il fallait aller chercher en forêt, sur les plateaux calcaires environnant la vallée. Elles étaient destinées à alimenter en combustible les milliers de fourneaux à sel des ateliers de sauniers » (page 149). Les corps humains de ces esclaves ont été placés à l’origine dans des silos abandonnés. La société en mutation des derniers siècles avant la conquête romaine est décrite. 

Le septième chapitre porte sur "Les femmes gauloises et la famille", Laurent Olivier y décrit un système de polyandrie et de l’oncle maternel jouant un rôle de père aussi important que celui du père génétique. C’est l’occasion de parler de Vercingétorix : « Gobannitio est chargé de la responsabilité de Vercingétorix car, après la mort de son " père premier", il est vraisemblablement l’un des tout premiers « pères en second » du jeune orphelin. Et si le pouvoir lui échoit à la suite de la disparition de Celtillos, c’est parce qu’en tant que frère du défunt il partage avec lui son rôle de chef de famille : on pourrait dire qu’il est aussi "père" que lui, mais surtout il est désormais chef de la lignée. Par conséquent, si la nomination de Gobannitio à la tête de la nation arverne constitue à n’en pas douter une rupture profonde avec la politique de Celtillos, elle n’en constitue pas moins un acte de continuité familiale » (page 181). Le mariage gaulois reposait sur une relative égalité : la femme gardait la propriété de ses biens et pouvait hériter. Le système de dot et de "pécule" garantissait une certaine indépendance économique.

Le huitième chapitre s’intéresse aux "Femmes puissantes et femmes de pouvoir". Il est rappelé que lors de la tentative de migration des Helvètes, prétexte à l’intervention de Jules César, les femmes de ce peuple se battent, comme l’avaient déjà, à la bataille d’Aix, en 102 av. J.-C., des femmes tentant une autre grande migration amalgamant des peuples descendus d’Europe du Nord. Ceci est en lien avec l’absence d’État chez les tribus celtes. On évoque également le nom de femmes dans leur rôle de prophétesse, de diplomate ou de cheffe de tribu.

"La guerre faite aux femmes" est le sujet du neuvième chapitre. On y parle des massacres de masse de Gaulois par les Romains, femmes et enfants n’étant pas épargné mais du viol comme arme de guerre. Les femmes épargnées seront vendues comme esclave. En cas de siège par les Romains, comme à Alésia, les Gauloises et leurs enfants sont expulsées et meurent de faim entre le fort tenu par les troupes de Vercingétorix et les lignes romaines.  On retient que pour la cnquête de la Gaule (sous le direction de Jules César): Les estimations actuelles tournent plutôt autour de 700 000 morts et environ un demi-million de personnes réduites en esclavage. Ce sont les chiffres des combattants ; on ne sait rien, ou si peu, des ravages produits sur les populations civiles » (page 229).

"La loi des vainqueurs" désigne le dixième chapitre, celui où la Gaule est passée sous le joug romain. Les femmes n’étant pas admis à combattre chez les Romains, l’accès à la citoyenneté romaine est totalement exclue pour les Gauloises. Elles sont sous l’autorité de leur père puis de leur mari pouvant convoler légalement dès 12 ans (mais en fait on a d’assez nombreux mariages de fillettes ayant de 7 à 11 ans). Elles sont exclues des cérémonies religieuses réservées aux hommes ainsi que des fonctions publiques comme juge. Les femmes gauloises libres sont devenues des pérégrines, privées de droits civiques.

Le père de famille a toute autorité sur son épouse et ses esclaves (mâles ou femelles) sont à sa disposition pour une relation sexuelle. « En faisant des enfants à ces femmes assujetties, les maîtres agrandissent en effet leur parc d’esclaves, puisque les enfants qui naissent de ces relations sexuelles obligées héritent du statut d’esclave de leur mère – et non pas de celui d’homme libre de leur père » (page 258).

L’avant-dernier chapitre s’interroge sur "Ce qui est arrivé aux femmes gauloises". Il est question de femmes commerçantes notamment dans les camps romains, certaines travaillent dans l’artisanat. Quoique les mariages légaux ne soient pas autorisés entre indigène et Romains, nombre de Gauloises vivent en couple avec un légionnaire.

Le dernier chapitre sur ce que veut dire "Être femme en Gaule romaine". Ce chapitre se conclut ainsi : « Héritières de cultures guerrières plus ou moins lointaines, elles conservent certainement une place très importante dans la gestion des affaires de la famille et de la maison, ce que l’on perçoit dans la manière dont elles sont représentées dans la sculpture funéraire des classes moyennes de la catégorie des pérégrins. C’est par elles que passe la plus grande part de la transmission des héritages culturels, gaulois ou celtique. Contrairement à une idée reçue solidement ancrée dans l’imaginaire collectif, les pratiques traditionnelles ne se maintiennent pas ici sous une forme figée qui serait celle de la reproduction d’une introuvable pureté originelle du passé. C’est précisément parce que ces pratiques sont transformées, par l’action des femmes, qu’elles peuvent continuer à se transmettre, dans de nouveaux présents, faisant émerger de nouvelles représentations collectives. La résilience de la culture, que supportent ici les femmes, est le plus souvent indétectable à première vue, car elle opère de manière discrète, mais néanmoins omniprésente, dans toutes ces pratiques quotidiennes qui échappent généralement à l’attention : les façons d’habiter l’espace, le soin d’autrui, les rapports avec le monde naturel – bref, tout ce qui est en lien avec la relation au monde et qui laisse si peu de traces directes. Mais c’est à n’en pas douter le patient travail des femmes qui a permis, en grande partie, à la culture gauloise de n’être pas complètement effacée par la domination romaine : elles en ont fait une autre façon d’être au monde qu’elles ont maintenue vivante » (pages 319-320).

La conclusion est un plaidoyer "Pour une histoire sociale des femmes". Il commence ainsi : « Quelles impressions retirer de ce très long voyage qui nous a conduits du lointain monde celtique du vie siècle av. J.-C. jusqu’à la période la colonisation romaine, presque un millénaire plus tard ? D’abord cette évidence : malgré les données très incomplètes et dispersées sur lesquelles nous pouvons nous reposer, il est indéniable que les femmes ont été plus indépendantes et plus respectées durant toute l’époque celtique et gauloise qu’elles ne l’ont été par la suite, à partir de la domination romaine. Et peut-être n’ont-elles même jamais recouvré complètement cette liberté dont elles jouissaient alors, y compris dans nos sociétés européennes contemporaines » (page 321).  

Avant la conquête romaine, les femmes gauloises ont connu une certaine émancipation et des marques de  respect, mais à des degrés liés à leur statut social car elles vivaient dans une société inégalitaire et violente. Elles ont eu des rôles importants dans leur tribu pesant sur certaines décisions prises au sein de celles-ci. On a vu qu’elles pouvaient être riches, influentes, propriétaires, prophétesses, cheffes politiques ou actrices de la transmission culturelle.

 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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